Hermann Lei, l’avocat thurgovien à qui l’ex-informaticien de la Banque Sarasin a confié les données volées, s’est pris un avocat: le Zurichois ­Valentin Landmann, figure haute en couleur, connu surtout pour défendre des prostituées et autres acteurs du milieu. Face à Peter Nobel, le représentant de Philipp Hildebrand, le duel risque d’être inégal: portraits croisés.

Avec Peter Nobel, 66 ans, Philipp Hildebrand s’est adjoint les services d’un poids lourd parmi les avocats d’affaires. La renommée du Saint-Gallois de naissance n’a jamais faibli au cours des vingt dernières années. Professeur en droit économique aux universités de Saint-Gall, jusqu’en 2010, et de Zurich, il est connu pour être un défenseur coriace qui perd rarement ses procès. Parmi ses mandats les plus remarqués, il a coordonné la défense des accusés dans le procès de Swissair, acquittés en 2007. En 2010, il triomphe du Ministère public de la Confédération devant le Tribunal pénal à Bellinzone. Son client, l’investisseur autrichien Georg Stumpf, est, aux côtés de Viktor Vekselberg, acquitté du soupçon de délit d’initié.

Il a défendu les Hells Angels

Son réseau est immense: à la Handelszeitung qui lui demandait en mai 2011 comment il décrochait les grandes causes qui ont établi sa réputation, il a répondu: «Ce sont des amis.» Et précisait: «Un grand patron ou un président de conseil d’administration qui a besoin de soutien juridique ne cherche pas en première ligne un grand cabinet, mais un avocat avec qui il peut discuter d’égal à égal.» Ami de Dürrenmatt, qui a peint un portrait de lui en 1988, il a manœuvré pour que la Confédération, si elle voulait hériter des œuvres de l’écrivain, crée des ­Archives littéraires. Ancien membre du Parti socialiste, ce bon vivant se décrit entre-temps comme politiquement neutre.

Valentin Landmann, 61 ans, fait figure d’outsider à côté. Il s’est profilé comme «l’avocat du milieu» et défend de nombreuses prostituées. Dans un livre qui vient de paraître, il raconte de nombreuses anecdotes sur ses clientes, dont il est occasionnellement aussi le client. Il milite ­notamment pour la légalisation de la prostitution.

Il s’est surtout fait un nom comme avocat des Hells Angels, avec qui il sympathise depuis plus de trente ans. Cette proximité, dont il ne se défend pas, lui a valu d’être radié de l’Association des avocats du canton de Zurich. Il a défendu en automne dernier un membre du groupe des motards devant le Tribunal pénal fédéral à Bellinzone, procès suspendu parce que l’acte d’accusation était un vrai fouillis. Valentin Landmann a défendu également une des deux ex-employées des services sociaux de la Ville de Zurich, licenciées après avoir transmis à la Weltwoche des documents confidentiels sur des abus de l’aide sociale. Les deux femmes ont été condamnées pour violation du secret professionnel, une peine confirmée juste avant Noël par le Tribunal fédéral.