Au nom de leur histoire commune, les deux demi-cantons de Bâle s'érigent en modèles du partenariat régional. Il faut pourtant quelque courage à leurs ministres pour persévérer sur cette voie. Car leur volonté de collaboration accrue a subi en 2004 de sérieux revers dans le cadre de votations cantonales parallèles.

Mais la détermination des deux gouvernements ne faiblit pas. Réunis mardi à Liestal, chef-lieu de Bâle-Campagne, six conseillers d'Etats, trois de chaque canton, ont présenté les critères décidés en vue d'une répartition des charges dans des projets communs ou les échanges de procédés.

Les non de Bâle-Campagne

Cette avancée touche avant tout l'université, la santé, la culture. Encouragés par l'aval donné fin novembre par les Suisses à la nouvelle péréquation financière, les représentants de gouvernements trouvent là une échappatoire bienvenue pour dissimuler tant bien que mal la retenue d'une grande majorité des citoyens de Bâle-Campagne face à un rapprochement plus prononcé. Leur point de vue est bien compréhensible: ils ne veulent pas payer davantage d'impôts en participant aux financements des infrastructures et autres services fournis par Bâle-Ville.

En mai dernier, les Bâlois de la «campagne» ont rejeté à quelque 70% deux initiatives demandant la création d'institutions communes dans le domaine des hôpitaux et de la sécurité. A Bâle-Ville en revanche, le oui s'est imposé à 80%. En septembre, c'est l'orchestre Sinfonietta qui a fait les frais de cette réticence à un plus juste partage des frais.

Le déséquilibre a pourtant été mis en évidence. Selon le Rapport sur le partenariat adopté fin 2003 par le gouvernement de Liestal, la «campagne» dépense par tête la moitié moins que son voisin, et, toujours par tête, encaisse un peu plus de la moitié des recettes fiscales.

Adrian Ballmer, chef des finances de Bâle-Campagne, se veut pragmatique. Le modèle théorique de partage des frais présenté ce jour est avant tout un «compromis politique». Et il ne s'est pas fait sans peine. Pour l'heure, les critères décidés reposent sur le principe d'«équivalence fiscale» censée assurer l'équilibre entre décideurs, utilisateurs et responsables du financement.

Des équilibres pour le moins difficiles à définir. Adrian Ballmer: «Qui est le bénéficiaire au niveau universitaire? Le canton ou le particulier, l'étudiant?» Il s'agira lors de partage des charges d'estimer les avantages du lieu d'établissement, une question «difficile à considérer de manière objective», selon Ueli Vischer, encore directeur des finances à Bâle-Ville jusqu'au changement de gouvernement prévu pour février. «La solution politique mise sur un rabais de 10% sur la couverture du déficit pour le canton qui ne fait pas office de lieu d'établissement. Cette réduction diminue à 5% après dix ans.»

Le déclic universitaire

C'est la situation problématique de l'Université de Bâle, autonome depuis 1996, qui a inspiré ces critères. Elle qui doit faire face à de vifs problèmes financiers qui ont réveillé l'élan des deux gouvernements pour une collaboration approfondie. Pour 2005, les deux cantons augmenteront leur part de 3 millions de francs et un financement commun entrera en vigueur dès 2007. Les coûts seront partagés en fonction de la provenance des étudiants. Et c'est là que pourront être mis à contribution les cantons voisins qui profitent de l'enseignement universitaire bâlois.

Bref, les Bâlois veulent des règles du jeu clairement définies pour éviter des solutions au coup par coup. Mais tout n'est pas encore joué et des points noirs restent en suspens. Ils concernent notamment les activités liées au canton, à l'image de la bibliothèque universitaire également au service du canton de Bâle-Ville. Et surtout il s'agira de convaincre les parlements de deux cantons appelés à dire «oui ou non» sans pouvoir influencer les critères proposés.

Si ce partenariat est d'abord pensé entre les deux cantons bâlois, on regarde déjà plus loin, conscient des avantages offerts par cette collaboration. Pour Ueli Vischer, directeur des finances de Bâle Ville. Il s'agit d'ores et déjà de penser aux cantons plus ou moins voisins, comme Argovie et Soleure ou le Jura. En tout cas, à la campagne comme à la ville, on semble vouloir essayer d'oublier les frictions financières pour privilégier ce partenariat «toujours exemplaire en Suisse.»