Mifegyne, la pilule abortive, devrait être disponible dans deux mois, indique la société zurichoise Cosan, détentrice des droits de distribution en Suisse. C'est elle qui s'est vu délivrer par l'Office intercantonal de contrôle des médicaments (OICM) le droit de vendre la RU 486. Codirecteur de Cosan, le Dr Kurt Pfister prévoit que sa société écoulera 3000 à 3500 pilules par année auprès des gynécologues et des hôpitaux ayant une maîtrise reconnue de l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Elles seront vendues par trois. L'emballage devrait coûter 160 francs environ. Cosan compte déposer en septembre une demande de remboursement de la pilule abortive auprès de l'Office fédéral de la santé publique.

Invoquant la confidentialité du contrat qui lie sa société à Exelgyn – distributrice du Mifegyne dans le monde entier, sauf aux Etats-Unis et sauf, prochainement, en Suisse – Kurt Pfister tait la marge bénéficiaire que Cosan doit retirer dans l'affaire. Il n'est pas question, ici, de bénévolat. Pourtant, si l'on en croit les patrons de Cosan, le «business» n'est pas la raison première qui les a conduits à se porter acquéreurs des droits de distribution du Mifegyne. Ce serait plutôt l'idéal: les femmes résidant en Suisse doivent avoir le choix de procéder à une IVG par voie chirurgicale ou par voie médicamenteuse, au moyen d'une pilule abortive.

Société à responsabilité limitée, Cosan est née de l'association de deux biochimistes, Kurt Pfister, 52 ans, et Kathryn Voegeli, 51 ans. Avant Cosan, tous deux ont fondé, en 1992, PFC, société spécialisée dans des projets de recherches et l'enregistrement de médicaments. Kurt Pfister – qui nous a répondu en l'absence de son associé – a notamment travaillé dans l'industrie pharmaceutique, chez Johnson. Il est particulièrement au fait des questions hormonales et ménopausiques. PFC, assure-t-il, est la plus grande société du genre en Suisse.

Quand, en 1995, la Conférence des directeurs cantonaux des affaires sanitaires (CDS), l'instance compétente, s'est prononcée en faveur de l'introduction en Suisse de la pilule abortive, Kurt Pfister et Kathryn Voegeli ont compris qu'ils avaient une carte à jouer. En 1997, ils fondent Cosan en vue de l'enregistrement et de la distribution du Mifegyne, plus connu sous le nom de RU 486, développée en 1980 par des chercheurs de l'entreprise française Roussel Uclaf, filiale de l'allemand Hoechst.

Course aux autorisations

Les deux biochimistes ont ensuite couru les autorisations. La première leur a été délivrée par l'office zurichois du pharmacien cantonal. Qui, au préalable et comme le veut la procédure, s'est enquis des compétences scientifiques de la société Cosan sur le produit qu'elle entendait distribuer, a vérifié aussi que le produit présente les qualités chimiques requises.

Le dossier est passé ensuite dans les mains de l'OICM, basé à Berne. L'OICM est seul apte à décider de la mise ou non sur le marché d'un médicament, explique Jean-Christophe Méroz, juriste à l'office. L'OICM n'a eu en revanche aucun droit de regard sur le contrat conclu entre Cosan et Exelgyn. Créé en 1900 à la faveur d'une convention passée entre les cantons pour éviter une profusion de laboratoires coûteux, l'OICM se prononce sur la qualité du produit et examine ses effets secondaires. Cosan est la seule société qui ait déposé une demande d'exploitation du Mifegyne auprès de l'OICM.

Depuis qu'ils ont créé Cosan, Kurt Pfister et Kathryn Voegeli ont reçu une cinquantaine de lettres de personnes opposées à l'avortement. «La majeure partie invoque des principes religieux», affirme Lucia Ritter, chargée de l'administration de Cosan. «Nous n'avons pas répondu à ce courrier, ajoute-t-elle. Nous n'avons pas le temps, notre entreprise est trop petite.»