«Vous avez pris rendez-vous? Vous avez demandé l'autorisation?» Voilà ce que les pétitionnaires qui ont pénétré dans le bureau du conseiller d'Etat Claude Roch, lundi dernier, se sont entendu répondre. Une pétition de soutien émanant des enseignants et des élèves de la Haute Ecole valaisanne Santé-Social (HEVs2), ainsi que des hôpitaux. Elle concerne l'étudiante camerounaise Carine Ndjoumbi, emprisonnée puis expulsée il y a quelques jours vers son pays sur ordre du Service des étrangers. Sa faute a été de changer de filière en cours de route, passant de l'agroalimentaire, dépendant de la Haute Ecole valaisanne (HEVs), aux soins infirmiers, au sein de la HEVs2.

Son cas n'est pas unique. Deux étudiantes chinoises sont menacées du même sort: Liu Xiaoyuan et Wang Ten avaient débuté par un apprentissage du français dans une école privée valaisanne, avant de s'inscrire, elles aussi, en soins infirmiers. Les trois étudiantes avaient fait recours en 2003, au moment où leurs visas n'avaient pas été renouvelés.

Or, il y a quelques jours, Le Nouvelliste révélait que leur avocat était en fait payé par la HEVs2. Ou quand deux départements, celui de Claude Roch et le Département des institutions de Jean-René Fournier, dont dépend le Service des étrangers, ne communiquent que par homme de loi interposé… On pourrait en ajouter un troisième, puisque le directeur de la HEVs2 de l'époque, Simon Darioli, avait été détaché de son poste de chef du Service des affaires sociales, dans le Département de la santé de Thomas Burgener, qu'il a regagné depuis.

Contacté, l'avocat en question a refusé de s'exprimer, «pour ne pas ne nuire» à ses clientes. Selon nos renseignements pourtant, les amis de Carine Ndjoumbi essayeraient d'obtenir une levée de l'interdiction de séjour de trois ans prononcée contre elle, de manière à ce qu'elle puisse poursuivre sa formation, mais dans un autre canton. Selon une autre source, un double marché aurait été proposé, au plus haut niveau: le visa pour les Chinoises, contre l'abandon de la procédure juridique en faveur de la Camerounaise.

La plupart des principaux acteurs de cette petite affaire d'Etat ont évidemment leur version bien à eux: «Concernant la Camerounaise, explique la cheffe du Service des étrangers, Françoise Gianadda, le problème est qu'une école (ndlr: la HEVs2) non seulement accepte une élève dont le visa n'a pas été renouvelé, mais en plus, ce que j'ai appris il y a quelques jours, mandate un avocat pour la défendre. En matière de dialogue, on a vu mieux. Cette personne avait une formation spécifique qu'elle voulait perfectionner ici, ce que nous avons accepté. Or elle a été renvoyée de la HEV pour absences répétées. Elle a ensuite fait une demande pour une formation qui n'avait rien à voir avec sa formation de base.»

Toujours selon Françoise Gianadda, le cas des Chinoises prête autant à la suspicion: «L'une nous avait dit qu'elle voulait étudier le français et que son intérêt était le tourisme. Elle disait qu'elle voulait se préparer pour les Jeux olympiques de Pékin. L'autre, enseignante primaire, voulait se perfectionner en psychologie. Puis elles changent complètement de filière. Il faut savoir qu'un certain nombre de Chinois profitent, sous prétexte de formation, pour fuir leur pays. Nous avons plusieurs notes de l'ambassade chinoise qui nous mettent en garde. Et puis, on a expulsé des Chinois, dans des écoles valaisannes, qui avaient volé les cartes de crédit de leurs camarades, ou d'autres que l'on avait retrouvés travaillant au noir dans des cuisines.»

Reste que, hier matin, Françoise Gianadda et Claude Roch se sont rencontrés pour mettre les choses à plat et «élaborer une réponse commune aux pétitionnaires». Le conseiller d'Etat explique que «tout a été clarifié. Désormais, nous nous consulterons entre les départements. Le flou qui a régné jusqu'ici tenait au fait que la HEVs2 se mettait en place, qu'il y avait une équipe provisoire. Une telle situation ne se reproduira pas dans le futur.»

Quant à Simon Darioli, il se borne à rappeler qu'il «y avait une vraie question, celle de savoir à quelles conditions sont octroyés les visas pour les étudiants étrangers. Il y avait une vraie nécessité de clarification au niveau juridique». Simon Darioli rappelle ensuite que «l'initiative de faire recours est venue des trois étudiantes». Selon nos informations, la HEVs2 s'est bornée à garantir aux trois étudiantes que leurs frais de procédure seraient couverts par l'école. Une chose qu'ignorait Claude Roch, et, bien sûr, Françoise Gianadda.

Au sein même de la HEVs, les langues se délient et on évoque les dégâts collatéraux, diplomatiques et économiques occasionnés par l'affaire. L'ambassade de Chine a déjà fait part de sa grande contrariété. Une ambassade qui pèse évidemment bien plus lourd que celle du Cameroun. Même si on aime citer dans les couloirs cet argument choc de Françoise Gianadda pour recaler les Chinoises: qu'une fois rentrées dans leur pays, elles n'auraient pas l'occasion d'y pratiquer les techniques occidentales de médecine. Claude Roch, en tout cas confirme que «la transparence décidée hier entre immédiatement en vigueur». Et que, donc, les deux Chinoises pourraient en profiter.