Les deux hommes qui ont fait tomber l’ancien patron de la Banque nationale suisse (BNS) Philipp Hildebrand ont été reconnus coupables de violation du secret bancaire, mercredi, par le tribunal de district de Zurich. Ainsi s’achève le procès lié au scandale politico-financier déclenché il y a quatre ans.

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L’ex-informaticien de la banque Sarrasin, R.T, écope de 45 jours à 30 francs (1350) avec sursis pour avoir copié des données d’un compte bancaire appartenant à Philipp Hildebrand. Son complice, le député au Grand Conseil thurgovien Hermann Lei, reçoit une peine plus sévère, de 120 jours à 340 francs avec sursis (40 800). Le Ministère public avait requis 150 jours-amendes contre le politicien et 12 mois de prison avec sursis contre l’ancien employé de banque, qui a depuis perdu son poste. De son côté, la défense avait plaidé l’acquittement.

«C’est le courage de citoyens que l’on punit»

L’employé de banque R.T avait fait part à son ami d’enfance devenu député UDC au Grand conseil thurgovien, Hermann Lei, de données bancaires dévoilant un possible délit d’initié du banquier central: en août 2011, le couple Hildebrand avait réalisé un gain estimé à 60 000 francs par un achat de devises, peu avant que la BNS n’introduise un cours plancher du franc suisse face à l’euro. L’élu thurgovien avait transmis l’information à Christoph Blocher, alors conseiller national. Lequel en avait référé à la présidente de la Confédération, Micheline Calmy-Rey. Révélée dans la Weltwoche, l’affaire avait poussé le président de la BNS à la démission en janvier 2012.

L’informaticien et le politicien sont les seuls protagonistes de l’histoire jugés devant un tribunal. Les procédures pénales pour violation du secret bancaire contre Christoph Blocher ont été classées. Il avait déclaré avoir joué un rôle de simple «facteur». Il était pourtant en contact très étroit avec le rédacteur en chef de la Weltwoche Roger Köppel au moment où le scandale a éclaté: les deux hommes ont échangé une centaine d’appels et de SMS entre le 3 et le 11 janvier 2012, selon le Tages-Anzeiger.

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Quant à Philipp Hildebrand, le Ministère public zurichois n’a jamais ouvert d’enquête à son encontre. Hermann Lei n’a pas manqué de le souligner, déplorant le fait que les principaux responsables soient épargnés par la justice. A la sortie du tribunal, qualifié le verdict de «politique»: «C’est le courage de simples citoyens que l’on punit. En attendant, Philipp Hildebrand n’a jamais été inquiété». Il n’exclut pas de faire recours contre ce jugement.

La Cour, pourtant, ne croit pas Hermann Lei mû par des idéaux. En communiquant ces informations à Christoph Blocher, il a voulu nuire à Philipp Hildebrand, tout en donnant un «élan à sa carrière», a souligné le juge hier pour motiver sa peine. S’il avait seulement voulu dénoncer des transactions frauduleuses, il aurait dû s’y prendre autrement, en alertant par exemple l’autorité de surveillance de la BNS. Le juge reconnaît que le comportement de Philipp Hildebrand a de quoi soulever «des interrogations sur le plan éthique», il estime toutefois que cela ne justifie pas l’emploi de données volées contre lui.

Hasard du calendrier, le Thurgovien a été réélu dimanche dernier au parlement cantonal. Si cette histoire a eu un quelconque effet sur sa carrière politique, il semble lui avoir été favorable. «Un politicien doit montrer l’exemple. Lorsqu’il voit des dysfonctionnements, il doit les dénoncer. C’est ce que j’ai fait et c’est pour cela qu’on m’a élu», souligne l’UDC, qui se pose en lanceur d’alerte.