C'est non au Musée d'ethno à presque deux contre un: les citoyens de la ville de Genève ont refusé, par 61,92% de non contre 38,1% de oui, le crédit municipal de 67,2 millions destiné à la construction d'un nouveau musée d'ethnographie à la place Charles-Sturm. Le rejet est sans appel: 20 546 non et 12 636 oui. Seul le bureau de Saint-Gervais accepte le crédit de justesse, alors que celui des Pâquis le rejette à deux voix près.

Alors qu'à l'exemple du conseiller administratif Alain Vaissade, responsable de la culture, les partisans se laissaient aller à des propos amers, les propositions de nouveau projet fusaient déjà des rangs opposants, comme pour évacuer tout soupçon de parti pris anti-culturel. Ainsi le conseiller administratif Christian Ferrazino, opposé au projet, annonçait déjà, l'air mystérieux, vouloir proposer à l'exécutif municipal un projet moins cher et dans «un site qui concrétise l'ouverture régionale et internationale de Genève».

C'est que la nécessité de nouveaux locaux pour stocker la deuxième collection ethnographique de Suisse, menacée de dégradation rapide, et de salles d'exposition plus spacieuses que l'école désaffectée du boulevard Carl-Vogt ne pouvait guère être contestée. Même si, au cours d'une campagne extrêmement passionnée, le prestigieux collectionneur Jean-Paul Barbier avait rabaissé la valeur des collections.

«Nous n'étions pas opposés à un Musée d'ethnographie, mais à ce projet architectural précis et à cet endroit inadéquat», expliquait le conseiller municipal libéral Georges Queloz en prenant acte du résultat des urnes avec satisfaction. A ces deux éléments, il faut ajouter les coûts, puisque le projet total avoisinait les 100 millions de francs alors qu'à l'origine on parlait de 40 millions, et le montage financier, qui laissait le plus gros de la facture à la Ville, malgré une prise en charge par le canton et des dons de particuliers. Partisans du projet, le radical Bernard Lescaze se disait «déçu mais pas surpris, parce que les projets d'urbanisation de la place Sturm ont toujours suscité l'opposition». Au cours de la campagne, les opposants ont eu beau jeu de dénoncer le «bunker» et sa muraille de 218 mètres.

Responsable politique du dossier, le Vert Alain Vaissade avait la défaite mauvaise, dimanche soir: «Dix ans de travaux et de recherche de consensus pour rien. Il ne serait pas concevable de repartir avec un autre projet pour l'instant. D'ailleurs, je quitterai mes fonctions en mai 2003.» Qu'on ne compte pas sur lui pour relancer la machine.

Alors que les Amis du Musée dénonçaient «l'image d'une cité ingrate» donnée aux communautés étrangères, le conseiller administratif démocrate-chrétien, Guy Mettan, annonçait le dépôt dès mardi d'une proposition pour relancer un projet dans le secteur des organisations internationales, entre la place des Nations et les voies de chemin de fer.