A une voix près, le PDC a choisi de ne pas choisir. Réuni en assemblée générale mardi soir, le parti a lancé ses deux candidates, Alia Chaker Mangeat et Marie Barbey-Chappuis, dans la course à l’exécutif de la ville de Genève qui se jouera en 2020. Seul parti de droite au gouvernement, le PDC cherche avant tout à conserver le siège aujourd’hui occupé par Guillaume Barazzone qui a décidé de ne pas se représenter suite au scandale des notes de frais. Mais la droite lorgne au-delà. Au double ticket féminin du PDC s’ajoutera donc vraisemblablement le PLR Simon Brandt pour former la coalition de l’Entente.

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Présenter deux candidatures, c’est prendre le risque de disperser les voix, ont jugé certains membres du parti lors de l’assemblée. C’est aussi offrir un choix à la population. Avec 46 voix pour, 45 contre et deux abstentions, le PDC a opté pour cette seconde option. A l’issue du premier tour, la candidate qui aura recueilli le moins de voix se retirera pour la suite du processus électoral, selon une stratégie qui doit encore être affinée de concert avec le PDC.

Deux profils différents

Deux femmes, deux profils différents et «complémentaires». Sans jouer au jeu des sept différences, les deux candidates se distinguent par leur parcours tant personnel que professionnel. Avocate indépendante, spécialisée dans le droit fiscal, Alia Chaker Mangeat, 50 ans, a fait toute sa carrière dans l’économie privée, notamment dans le monde bancaire et l’audit. Arrivée en politique sur le tard, elle siège au Conseil municipal depuis 2015. Sa colistière, Marie Barbey-Chappuis, 38 ans, est l’actuelle cheffe de cabinet de Serge Dal Busco et conseillère municipale depuis douze ans.

Issue de l’aile gauche du PDC, Alia Chaker Mangeat se présente comme une «centriste qui assume sa fibre sociale». De son côté, Marie Barbey-Chappuis, un brin plus marquée à droite, plus offensive, défend «un PDC qui se préoccupe de l’économie tout en portant un soin particulier aux questions environnementales». Si toutes deux comptent s’appuyer sur le «bon bilan» de Guillaume Barazzone, elles se savent aussi «attendues au tournant comme n’importe quel nouvel élu» et reconnaissent l’importance de «restaurer le lien de confiance avec la population».

«Cesser les querelles d’ego»

Quelles sont leurs priorités pour Genève? Les deux candidates s’accordent sur des enjeux communs: la réforme de la fiscalité des entreprises (RFFA) que «la ville doit soutenir pour rester attractive», mais aussi la répartition des tâches entre ville et canton, un «dossier qui a trop traîné». «En matière de culture notamment, où de grandes institutions s’apprêtent à voir le jour, il faut cesser les querelles d’ego: le canton doit participer à l’effort financier, mais la ville doit aussi accepter de partager le pouvoir», estime Marie Barbey-Chappuis.

Si elle est élue, la jeune femme entend s’occuper en priorité de la classe moyenne, «oubliée ces dernières années», en augmentant le nombre de places en crèche et en privilégiant la mixité en matière de création de logements. «Avoir des enfants en ville de Genève ne doit plus être un luxe, trouver un appartement ne doit plus relever du parcours du combattant.»

Forcer la gauche à «sortir de sa zone de confort»

Critique face au bilan de la gauche au pouvoir, Marie Barbey-Chappuis milite pour un rééquilibrage. «Ce gouvernement quasi monocolore n’est pas sain, cela crée des blocages avec le Conseil municipal, les budgets sont votés avec des mois de retard.» A ses yeux, une présence accrue de la droite forcerait la gauche à «sortir de sa zone de confort».

Pour améliorer la gouvernance de la ville de Genève, Alia Chaker Mangeat prône, elle, une meilleure anticipation. «Ces dernières années, l’exécutif a souvent dû gérer en réaction, bricoler des rattrapages après des rapports d’audit, déplore-t-elle. Une perte de temps et d’argent qui empêche de se consacrer aux vrais dossiers.» Et de citer un rapport de 2011 sur les indemnités et débours des employés municipaux qui aurait dû servir de «signal d’alarme».

Politique sociale plus efficiente

Etablie dans le quartier populaire des Charmilles, elle compte continuer à soutenir une politique sociale de proximité «nécessaire pour éviter les risques de rupture sociale» tout en la rendant plus efficiente. «Il faut mieux identifier les besoins, pour mieux cibler les prestations et mesurer leur efficacité.»

Quel département les intéresserait si elles étaient élues? Alia Chaker Mangeat confie un intérêt particulier pour les finances ou la cohésion sociale. Marie Barbey-Chappuis se dit quant à elle prête à prendre n’importe quel département.