Le 6 mars prochain, le congrès du Parti socialiste devra désigner un successeur à sa présidente démissionnaire Christiane Brunner et, en même temps, se déterminer sur les conditions de la poursuite de sa participation au gouvernement. Pour l'instant, deux candidats à la candidature, tous deux conseillers nationaux, sont ouvertement sur les rangs, le Schaffhousois Hans-Jürg Fehr et le Bernois André Daguet, deux personnalités fort différentes, qui représentent également deux courants distincts au sein du PS. Vice-président du parti, homme d'appareil solide à la compétence reconnue, le premier apparaît comme le successeur naturel de Christiane Brunner, avec le même talent d'intégrateur. Le deuxième, syndicaliste, vice-président de la FTMH, ancien secrétaire général du parti à l'époque de la présidence de Peter Bodenmann, affiche un profil plus accusé et un caractère a priori plus combatif. D'autres noms pourraient être agités, comme celui de Pierre-Yves Maillard ou de Werner Marti, mais le Vaudois est un agitateur plutôt qu'un organisateur et le Glaronais, ouvertement candidat à la succession de Moritz Leuenberger, compromettrait à la présidence du parti ses propres chances.

En annonçant à la fin de l'année sa démission pour le début mars, Christiane Brunner a sans aucun doute tiré les conclusions d'une appréciation très réaliste de sa propre situation à la tête du parti. Elle a aussi placé ce dernier dans un certain embarras. Le PS n'a que très peu de temps pour trouver un nouveau président. L'élection aura lieu dans deux mois, et le délai de dépôt des candidatures court jusqu'au 11 février. C'est très court, et pour monter le réseau de soutien à une candidature, et pour inscrire celle-ci dans une certaine vision de l'avenir du PS.

Le choix du nouveau président déterminera d'une certaine manière l'état d'esprit et tout au moins le style avec lesquels le PS entend entamer ce qui pourrait être une traversée du désert. Formellement, le parti se prononcera le 6 mars sur l'opportunité de quitter ou non le Conseil fédéral. Mais personne, en dehors de la gauche romande, n'imagine sérieusement qu'il puisse en arriver à cette extrémité. Il s'agira plutôt d'un débat sur les conditions de la participation socialiste au gouvernement après le virage à droite pris par le parlement et le Conseil fédéral. L'heure de vérité qui permettra au PS de savoir avec quels atouts et quels handicaps il s'engage dans cette aventure sonnera toutefois après le 6 mars. Le résultat des votations populaires du 16 mai, sur le paquet fiscal et vraisemblablement l'augmentation de la TVA pour l'AVS et l'AI, ainsi que la 11e révision de l'AVS lui dira s'il peut brandir bien haut le drapeau de la révolte populaire ou s'il doit faire plus modestement le gros dos en laissant passer l'orage de la réaction. Mais le parti devra choisir avant cette échéance un nouveau président, sans connaître laquelle de ces deux situations celui-ci devra assumer.

D'une façon très générale, la base devrait exprimer deux revendications à l'endroit du nouveau président. Elle attend de lui qu'il soit plus présent dans l'arène politique, qu'il sache mieux donner le ton et imposer des thèmes, à l'instar de ce que faisait cet artiste du marketing politique qu'était Peter Bodenmann, en étant capable de tenir tête au président de l'UDC, Ueli Maurer. Elle attend aussi un ton et un style plus incisifs et plus combatifs face à la droite triomphante.

A des titres différents, tant Hans-Jürg Fehr qu'André Daguet ont la carrure de l'emploi. Le premier a plutôt le profil d'un professionnel de la politique, d'un intellectuel très réfléchi et structuré, porteur d'un projet politique, qui se défend fort bien à Arena même s'il manque un peu de charisme. Il pourrait également se présenter dans le cadre d'un ticket avec deux candidats aux postes de vice-présidents, le Valaisan Stéphane Rossini et la Bernoise Ursula Wyss. Pour sa part, André Daguet apparaît plus comme un agitateur d'idées, un tribun, un battant chaleureux accoutumé aux luttes syndicales et très à l'aise avec la base. Son plus gros problème – il le reconnaît lui-même – serait de concilier la présidence avec ses fonctions syndicales.