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Nicolas et Jean-Pascal Guinand.
© Matthieu Spohn pour Le Temps

Feu d’artifice

Deux frères neuchâtelois préparent les étincelles des nuits d’août

Les artificiers Nicolas et Jean-Pascal Guinand ont la responsabilité du feu d’artifice de Genève, en plus de 150 feux du 1er Août. Rencontre dans leur dépôt, alors que les préparatifs battent leur plein

Pour mettre à feu et en lumière le bout du lac, Genève Tourisme a choisi le projet de deux frères. Déjà présents lors de précédentes éditions en tant que soutien, ils auront cette année l’entière responsabilité du feu d’artifice. «On travaille l’éphémère, et c’est ce qui est beau», résume avec un large sourire Nicolas Guinand, le metteur et en scène et directeur artistique de Sugyp, entreprise de pyrotechnie installée sur la rive du lac de Neuchâtel.

Quand il l’a reprise en 2007, avec son frère aîné Jean-Pascal, il était loin d’imaginer les préparatifs d’aujourd’hui. Pourtant, la responsabilité du feu de Genève n’inquiète pas le moins du monde les frères Guinand. Ces professionnels autodidactes illuminent le ciel de plus de 150 lieux rien que le 1er Août. Leur signature: des couleurs pastel, du clignotant, du scintillant et un grand bouquet or.

Lire aussi: Fêtes de Genève: les étincelles et la raison

Des feux livrés en kit

«Nous fournissons des feux d’artifice en kit avec un plan de tir et des indications de temps. Ils sont ensuite lancés par les artificiers des communes», explique dans son entrepôt Jean-Pascal Guinand, responsable de la technique et de la gestion de la société. Les frères gardent la main en ce qui concerne leurs 50 plus grands feux, dont ceux de Meyrin, de Pully, de Sion, d’Yverdon et de Neuchâtel, dont ils sont originaires. Leur consécration: «Le concours international des feux de Montréal», répondent-ils à l’unisson. Le Jupiter de bronze remporté en 2016 trône dans leur salle de pause à côté de leurs autres titres.


Une autre compétition remportée en 2016:

Avant de collectionner les prix et de devenir des incontournables des spectacles pyrotechniques, les frères Guinand ont eu une autre vie. Nicolas, 44 ans, était joaillier. Il habille aujourd’hui la nuit avec ses bijoux de lumière. Jean-Pascal, 49 ans, voulait être pilote d’avion, mais, ne trouvant pas de poste, il s’est essayé à la comptabilité pendant huit ans. Lui qui voulait sillonner le ciel calcule désormais comment le faire avec ses bombes de couleur. «Déjà petit, quand nous étions sur notre bateau pour regarder les feux d’artifice, je ne m’intéressais qu’à ce qu’il y avait dans les barges. Je voulais comprendre», se souvient Jean-Pascal. Aujourd’hui, c’est lui qui forme les nouveaux artificiers de Suisse romande.

435 heures de travail minimum

Travailler en binôme dans l’univers de la pyrotechnie est une chose rare. Une force de frappe évidente pour les frangins. Ils sont complémentaires: l’un crée, l’autre fait. «Mon frère est très précis, méticuleux de tout, mais un peu introverti», raconte le cadet. «Nicolas a une certaine facilité pour faire les bonnes rencontres et trouver des solutions, mais déborde d’idées», répond son aîné. Leur union a donné naissance à des prouesses techniques comme l’incrustation d’émoticônes dans le ciel. «Nous étions les premiers à retravailler le banal cœur rouge pour lui donner la forme souhaitée», explique Nicolas. Le procédé sera utilisé à Genève à plusieurs reprises pour créer du lien avec les spectateurs.

Un échange important pour le créateur, obnubilé par l’humain. «Mon rêve est de créer un spectacle pyromélodique avec des troupes de théâtre et de danse pour laisser place à l’imprévu», confie-t-il. Inspiré par les lieux et les contraintes de temps ou de budget, il considère ses tableaux mouvants comme un bout de lui-même. «Si on ne donne pas, le public ne reçoit pas», dit-il. Devant son logiciel de montage, Nicolas a les yeux qui brillent et il marque le lancement des bombes comme un chef d’orchestre. «Une minute du spectacle équivaut à 1h30 de création. Je l’écris au centième de seconde près. Le feu de Genève représente 435 heures de travail», annonce-t-il.

Des lasers et du punk

Ce à quoi s’ajoute le travail de son frère, l’installation et le démontage des feux. Jean-Pascal s’assure de la faisabilité des idées de Nicolas et fait le nécessaire pour qu’elles puissent être installées le plus rapidement possible. «Heureusement, nous avons développé une gamme de spectacles. Une sorte de trame que l’on reprend pour les petits spectacles uniquement», explique-t-il. Le technicien s’enflamme quand il parle des spectacles multimédias: «Dans les feux de demain, il y aura des flammes, des lasers, des projections sur un mur d’eau, des lancements depuis des drones, et bien plus que ce qu’on peut s’imaginer!» Son rêve: illuminer un monument comme la tour Eiffel, l’opéra de Sydney ou la tour Burj Khalifa à Dubaï.

Un travail d’image à Dubaï: Dubaï photographiée comme au XIXe

Ce 11 août, leur terrain de jeu sera la rade de Genève. «Nous allons contrôler les lumières du Jet d’eau et y ajouter des lasers», annonce avec entrain Nicolas. Un spectacle pyromélodique de 40 minutes «pour faire rêver» les différentes générations. «Nous utiliserons des couleurs vives et de la musique pop, classique, rock, et même du punk!» décrit-il. «Au total, plus de 2,4 tonnes de matière active seront utilisées, soit 9000 produits pyrotechniques», ajoute son frère.

Lors du show, Jean-Pascal sera aux aguets, surveillant son bon déroulé et assurant la sécurité. «Je regarderai plus les barges que le ciel», résume-t-il. Son petit frère essaiera de son côté d’apprécier le spectacle: «Mais j’ai tendance à ne voir que les défauts et à ne pas me laisser gagner par l’émotion», regrette-t-il. Une déformation professionnelle contre laquelle il lutte en se rendant aux quatre coins du monde, plusieurs fois par an, pour contempler le spectacle de ses confrères. «Nous faisons de l’art populaire. Le monde des artificiers est petit et nous sommes tous amis», dit-il.

Une chronique en février 2018: Les Fêtes de Genève et les feux de l’amour

Une période charnière

A l’approche du mois d’août, plus de 130 personnes s’activent dans l’entrepôt des frères, sur 5000 m² à Grandson, pour assurer la distribution et l’installation des feux. «Le métier est resté très artisanal, souligne Jean-Pascal Guinand. Tous les branchements se font encore à la main et on construit nos propres supports», ajoute-t-il. Le reste de l’année, douze salariés seulement travaillent à plein temps dans l’entreprise.

Grâce au feu de Genève et à son budget de 800 000 francs, 60% du chiffre d’affaires de Sugyp provient cette année de l’événementiel. Les 40% restants reposent sur l’activité de vente d’articles de fête et de décoration aux grandes surfaces. «Nous avons renversé la proportion», se félicitent les frères Guinand. Une période charnière qu’ils espèrent voir durer: «Il n’y a pas de raison que cela cesse. Malgré les idées reçues, le feu d’artifice est le spectacle le moins cher du monde. Il équivaut à un franc par spectateur.» Le pari des frères Guinand sera réussi «si nous arrivons à susciter de l’émotion chez le spectateur. Tout simplement.»

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