Elu depuis à peine une semaine, Barack Obama possède déjà une place à son nom. Elle ne se trouve ni à Honolulu, où il est né, ni à Nyang'oma Kogelo, le village kenyan d'où son père est originaire, ni même à Chicago, où il vit. Il faut aller voir beaucoup moins loin, en France voisine, à 30 kilomètres de Genève. A Farges précisément, dans le Pays de Gex.

Le conseil municipal de cette commune de 900 âmes a en effet décidé d'attribuer le désormais prestigieux nom à un carré de bitume, non loin de l'église. La délibération s'est faite à l'unanimité moins une voix dès le lendemain de l'élection de Barack Obama.

Pourquoi tant d'empressement? Interrogé par Le Temps, Daniel Juliet, maire divers droite depuis 30 ans, explique que la décision était un acte d'antiracisme. «Nous avons voulu saluer l'accession d'un Noir à la présidence des Etats-Unis, poursuit-il. Cela s'inscrit par ailleurs dans la lignée d'autres décisions que nous avons prises dans le passé.» Farges possède en effet déjà une rue du Maroni, en hommage aux esclaves arrivés en Guyane, et une autre portant le nom de Victor Schoelcher, à qui l'on doit l'abolition de l'esclavage en France en 1848. La plaque devrait être prête d'ici une quinzaine de jours et Daniel Juliet a l'intention de proposer à Rama Yade, la secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme, de venir inaugurer la nouvelle place. Les Fargeois ont plutôt bien accueilli le vote municipal, même si certains sympathisants du Front National font, d'après le maire, «une sale tête».

Pas sans risques

«Ça fait de la pub pour notre commune, c'est bien, lâche André, un habitant. Mais ça présente des risques. Quand on donne le nom à des morts, on le fait en connaissance de cause, on sait ce qu'il a fait dans sa vie. Mais Obama, il présente plutôt bien, mais s'il était un homme à scandales, comme Clinton, tout le Pays de Gex rirait bien de nous...»