Les deux milliardaires bernois qui veulent sauver les bilatérales

Mouvement Avantage Suisse entend se battre pour l’ouverture du pays et le maintien des relations avec l’UE

Jobst Wagner et Hansjörg Wyss veulent faire contrepoids à l’UDC

Jobst Wagner et Hansjörg Wyss seraient-ils les derniers représentants des entrepreneurs-citoyens qui, au XIXe siècle, ont contribué à créer la Suisse industrielle et moderne? Leurs noms sont sans doute peu familiers aux Romands, même si celui du milliardaire Hansjörg Wyss est associé au soutien, avec la famille Bertarelli et l’EPFL, au Campus Biotech à Genève.

Mais, en s’engageant au sein de la nouvelle association Avantage Suisse, les deux entrepreneurs bernois devraient assurer visibilité et crédibilité à la campagne pour une Suisse ouverte, pour le maintien des accords bilatéraux avec l’UE.

«Jobst Wagner est un esprit curieux, ouvert et tolérant. C’est un de ces industriels qui s’inscrivent dans la grande tradition des entrepreneurs suisses prêts à faire quelque chose pour la Suisse, pour son avenir, et pas seulement pour leur entreprise», relève le conseiller aux Etats Hans Altherr (PLR/AR), qui siège dans le conseil de fondation de Strategiedialog 21. Une autre initiative lancée par Jobst Wagner pour débattre de l’avenir économique, technologique, culturel et éducatif du pays.

Originaire de Franconie, en Bavière, où son père a fondé la société familiale Rehau, un groupe de 18 000 employés et de 3 milliards de chiffre d’affaires spécialisé dans les polymères pour l’industrie, Jobst Wagner, 56 ans, était jusqu’à ces dernières années surtout connu pour son mécénat en faveur des beaux-arts. Le siège mondial de l’entreprise, présidée par Jobst Wag­ner et son frère Veit, est installé à Muri, près de Berne. Grand amateur d’art, Jobst Wagner est président du conseil de fondation de la Kunsthalle de Berne, siège dans le conseil du Kunstmuseum de la capitale et assure le financement d’une des bourses d’art les mieux dotées de Suisse.

«Mais c’est à travers son soutien au mensuel libéral et culturel Schweizer Monat, où il écrit régulièrement, qu’il a pris conscience du manque de perspective et d’action pour l’avenir du pays, du risque de fermeture de la Suisse sur elle-même», analyse Hans Altherr.

«Engagez-vous!» interpellait ain­si Jobst Wagner au moment de lancer son Strategiedialog 21 comme plateforme de débat. Les valeurs de liberté et de responsabilité individuelle qui ont assuré la prospérité de la Suisse ne vont plus de soi, constatait-il. Après le vote du 9 février, l’industriel s’inquiétait face à «une Suisse sans agenda ni stratégie de politique extérieure, une place financière accrochée à un secret bancaire condamné, une armée sans concept ni doctrine, une voie bilatérale avec l’UE menacée. Pas étonnant, disait-il à Migros Magazin, que le nombre d’implantations d’entreprises étrangères ait reculé depuis trois ans.

«Je ne crois pas aux mythes que propage l’UDC, ajoutait-il. Ses revendications doctrinaires m’insupportent.»

Ce n’est pas la première fois que responsables politiques, chefs d’entreprise, artistes ou sportifs tentent de se mobiliser pour constituer un front commun pour les accords bilatéraux ou contre les opposants à tout rapprochement avec l’UE. Il y a 23 ans, après l’échec de l’adhésion à l’Espace économique européen (EEE), sont apparus des mouvements de jeunes pro-européens, «Nés le 7 décembre» ou «Génération Europe», puis le Nouveau Mouvement européen suisse (Nomes), qui milite pour l’adhésion à l’UE.

Plus proche de nous, l’adoption de l’initiative «Contre l’immigration de masse» a donné naissance à des collectifs comme «Opération libero», ou l’appel «La Suisse en Europe» signé de professeurs, anciens diplomates, et enfin le comité RASA, pour «Sortons de l’impasse», et son initiative pour revoter sur la décision du 9 février 2014.

Mais l’engagement des deux poids lourds de l’économie, non impliqués directement dans la vie politique, donne peut-être au projet Avantage Suisse les moyens d’une réaction sérieuse face à l’influence de l’UDC, et de ses groupes satellites, Action pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN) et UE-Non. La promesse d’un fonds de 7 millions de francs et une structure professionnelle devraient assurer de quoi mener de vraies campagnes lorsqu’il s’agira, dans moins de deux ans, de voter sur le renouvellement des bilatérales.

Cantonné essentiellement en Suisse alémanique, Avantage Suisse, qui doit être fondé officiellement en juin et rassembler responsables économiques et politiques, n’a pas encore pris pied en terre romande. Le seul membre fondateur romand pour l’heure est le conseiller aux Etats neuchâtelois Raphaël Comte.

Jobst Wagner, qui reproche aux associations économiques de ne pas s’être engagées de manière conséquente pour la défense des accords bilatéraux, estime que la Suisse a désormais besoin d’une nouvelle force qui rassemble les énergies, redonne courage et perspective au pays. Un programme anti-UDC? «Non, pour la Suisse», a-t-il déclaré dans la presse alémanique.

La Suisse a besoin d’une nouvelle force qui rassemble les énergies, redonne courage et perspective