Les finances fédérales vont bien alors que les branches économiques confrontées au problème du franc fort sont en difficulté. Selon les chiffres communiqués mercredi, le compte fédéral 2011 bouclera avec un excédent de 2,5 milliards de francs alors qu’un déficit de 600 millions avait été prévu. Dès lors, le Conseil fédéral s’estime en mesure d’apporter un soutien financier de 2 milliards à l’économie, a-t-il décidé mercredi lors de sa réunion délocalisée à Sierre (lire ci-dessous).

Que va faire le gouvernement de cet argent? Il n’en sait trop rien pour l’instant. «Nous allons mettre l’accent sur les entreprises qui souffrent le plus. Cette somme sera répartie entre l’industrie d’exportation, le tourisme, l’innovation, la recherche et les infrastructures.» Sous quelle forme? Mystère. Un groupe de travail piloté par le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) devra concrétiser les idées en discussion, dont aucune n’a été avalisée par le Conseil fédéral mercredi.

On parle d’augmenter massivement les crédits destinés à Suisse Tourisme – à la rallonge de 12 millions décidée en février pourrait s’en ajouter une seconde – et à la commission pour la technologie et l’innovation (CTI) – qui recevra déjà 20 millions de plus à la suite de la décision de février. Le renforcement des moyens à disposition de l’Assurance suisse contre les risques à l’exportation (ASRE) est également envisagée. Dans ce cadre, certaines voix de gauche demandent que le risque de change soit couvert par cette assurance, une mesure qui a existé par le passé mais qui s’est révélée très dangereuse.

Autre hypothèse, avancée ces dernières semaines et relancée mercredi par le Tages-Anzeiger et 24 heures: les entreprises qui souffrent le plus de la situation actuelle pourraient être déchargées de leurs cotisations à l’assurance chômage voire à l’ensemble des assurances sociales pendant une période limitée. Si cela se concrétisait, cela représenterait un gros morceau des 2 milliards en discussion. En l’occurrence, 10 000 entreprises sur environ 300 000 pourraient bénéficier d’une telle aide.

Mais rien n’est décidé. Le ministre de l’Economie, Johann Schneider-Ammann, se contente de dire qu’il s’agit d’une «possibilité». L’opposition s’annonce forte. Le Parti socialiste et les Verts rejettent fermement les aides aux entreprises exportatrices. L’Union suisse des arts et métiers (USAM) s’oppose à toute mesure qui créerait une inégalité de traitement entre les branches économiques (LT du 17.08.2011) et «rejette avec détermination la direction fausse et incohérente choisie par le Conseil fédéral». «On risque d’accorder des subventions à des entreprises qui n’en ont pas besoin», craint son directeur, Hans-Ulrich Bigler.

Ce problème a-t-il été évoqué par le Conseil fédéral? «Il appartient au groupe de travail de faire une proposition concrète. Le cas échéant, ce sera un grand défi de faire accepter une mesure qui serait limitée aux entreprises confrontées au problème du franc fort», répond laconiquement le ministre de l’Economie. De son côté, la ministre des Finances, Eveline Widmer-Schlumpf, précise qu’il sera nécessaire de trouver une base juridique pour l’affectation de ces 2 milliards. Elle évoque l’idée d’un fonds spécial de soutien à l’économie, qui inclurait toutes les mesures.

Le groupe de travail du Seco examinera aussi la baisse de la TVA pour l’hôtellerie et la restauration, mesure demandée par Gastrosuisse. Les milieux économiques et le Parti libéral-radical privilégient pour leur part le passage au taux unique de TVA. Les possibilités offertes par l’assurance chômage (prolongement du chômage partiel, par exemple) seront aussi discutées. L’Union syndicale suisse (USS) le demande formellement. Enfin, le Conseil fédéral a aussi décidé d’agir contre les cartels et le risque de bulle immobilière (lire ci-contre).

Les deux conseillers fédéraux qui pilotent ce paquet à 2 milliards disent vouloir aller vite. Ils veulent le faire voter par les deux Chambres fédérales durant la session d’automne, qui s’achève le 30 septembre. «Le temps est très court», admet Johann Schneider-Ammann. Cet ambitieux programme aux contours flous devrait ainsi être bouclé et voté en l’espace de six semaines, espère le ministre.