Genève, royaume de la multiculturalité? Malgré ses 40% d'étrangers et sa réputation d'ouverture, la Cité de Calvin n'a toujours pas développé une politique d'intégration cohérente. Ses réseaux d'aide sociale, complétés par des organisations privées, agissent au coup par coup, souvent dans l'urgence et avec des moyens dérisoires. Contrairement à d'autres cantons, comme Neuchâtel, qui a développé une politique d'intégration cantonale inscrite dans sa Constitution, Genève reste à la traîne. Inquiètes de cette absence de perspectives, Mondial Contact et le Centre de contact Suisses-Immigrés (CCSI), deux associations qui s'efforçant de répondre sur le terrain aux problèmes rencontrés par les migrants à Genève, ont décidé de proposer un projet de loi pour l'intégration des étrangers, ainsi que des mesures d'accompagnement concrètes. D'ici à l'automne, leur projet devrait être soumis en consultation aux autorités genevoises, à tous les partis politiques et aux autres acteurs concernés par l'intégration des étrangers.

«Le décalage entre le discours officiel – Genève, paradis de la multiculturalité – et la réalité sur le terrain nous inquiète de plus en plus, explique Boris Drahusak, président de Mondial Contact. On assiste aujourd'hui à un repli identitaire des communautés sur elles-mêmes. Rien n'est pensé en matière d'intégration. On met simplement des pansements là où ça fait mal. Mais les mesures ponctuelles ne suffisent plus. Il faut prendre conscience que la société est en train de changer et qu'un nouveau contrat social doit se conclure entre citoyens suisses et citoyens étrangers. Pour cela, on ne peut plus se passer d'une prise de position politique.» Et d'avancer l'exemple de l'octroi du droit de vote aux étrangers, régulièrement rejeté par les électeurs genevois. «Entre chaque votation, rien n'est fait pour expliquer le rôle que jouent les étrangers dans la cité. Et on laisse la place à des discours simplificateurs qui mènent à la xénophobie chez les Suisses, et au repli sur soi chez les étrangers.»

En lançant ce projet de loi, Mondial Contact et le CCSI espèrent donner un coup de fouet aux autorités genevoises pour qu'elles coordonnent leurs efforts d'intégration dans une perspective politique plus large. «Les dangers aujourd'hui, explique Sandrine Salerno du CCSI, sont le silence et l'angélisme devant cette société multicuturelle en construction.» Si les deux associations tiennent leurs promesses, le débat public promet d'être intéressant.