L’affaire Pitteloud, du nom de l’ancien ambassadeur de Suisse au Kenya Jacques Pitteloud, n’est pas terminée. La partie plaignante – deux frères kényans – fait recours au Tribunal pénal fédéral (TPF) contre la récente décision de classer le dossier, a indiqué mardi leur avocat à l’ATS.

Le procureur extraordinaire du Ministère public de la Confédération (MPC) Eric Cottier avait annoncé il y a une semaine avoir classé la procédure. Jacques Pitteloud, actuellement directeur des ressources humaines au sein du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), est soupçonné de tentative de contrainte dans le cadre d’une médiation avec deux ressortissants kényans.

Poursuivis en Suisse pour blanchiment, ces deux frères affirment avoir été l’objet de pressions de la part du diplomate suisse lorsqu’il était ambassadeur à Nairobi. Il leur aurait proposé d’abandonner les poursuites en Suisse en échange de 50 millions de francs.

Des actes jugés licites

Eric Cottier, nommé procureur extraordinaire par l’autorité de surveillance du MPC, devait examiner le bien-fondé de ces accusations. Après 16 mois d’instruction, il a abouti à la conclusion que les actes de Jacques Pitteloud étaient licites. Ils ne «réalisent pas les éléments constitutifs de l’infraction envisagée».

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Le procureur extraordinaire a en conséquence ordonné le classement de la procédure, dont les frais sont laissés à la charge de la Caisse fédérale. Mais la partie plaignante et son avocat ne partagent pas cet avis: ils estiment que les actes de Jacques Pitteloud n’étaient pas licites et ont donc décidé de faire recours auprès du TPF.

Premier recours accepté

C’est la deuxième fois que le MPC renonce à ouvrir une enquête sur Jacques Pitteloud. Il avait déjà refusé en mars 2016 d’entrer en matière sur une plainte des deux Kényans. Mais la Cour des plaintes du TPF avait accepté leur recours et demandé en juin au Parquet fédéral d’éclaircir la question de la tentative de contrainte.

Le MPC avait refusé, pour éviter tout risque de partialité, de se prononcer sur les accusations portées contre l’ambassadeur et demandé la nomination d’un procureur extraordinaire.

Dans son arrêt, le TPF avait évoqué un échange de SMS qui avait eu lieu en mai 2014 entre le Valaisan et les deux Kényans après que l’ambassadeur avait présenté son «offre». «J’attends toujours, l’horloge tourne, j’en ai peur», avait écrit le diplomate.

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Dans la presse kényane, Jacques Pitteloud avait expliqué avoir agi à titre personnel. Il a ensuite précisé avoir suivi des instructions du MPC. Mais ce dernier a affirmé, oralement et par écrit, n’avoir donné aucun mandat, ni aucune instruction à l’ambassadeur.

Carrière militaire et DFAE

L’ancien agent secret Jacques Pitteloud est un personnage haut en couleur. A l’issue de sa carrière militaire, le Valaisan, alors âgé de 38 ans, était devenu, en 2000, le premier coordinateur des services de renseignement de la Confédération.

Après plusieurs pannes de coordination et d’information, les services de renseignement ont été réorganisés et soumis à un état-major de crise. Après avoir quitté son poste, Jacques Pitteloud avait rejoint le DFAE en 2006.