Église

Deux prêtres valaisans pédophiles ne seront pas défroqués

L’Eglise valaisanne ne renverra pas de leur état clérical les deux prêtres, toujours en vie, ayant commis des abus sur des mineurs par le passé et dont les faits sont aujourd’hui prescrits. «Les sanctions doivent être proportionnées», explique l’évêque du diocèse de Sion

La sanction définitive n’est pas encore connue. Elle pourrait tomber dans les mois qui viennent. Mais une chose est sûre: les deux prêtres octogénaires valaisans ayant commis des abus sur des mineurs, il y a plusieurs décennies, ne seront pas défroqués.

Il y a une année, dans Le Temps, Gérard Falcioni, victime d’un prêtre pédophile aujourd’hui décédé, estimait que le clergé devait retirer le droit de prêtrise à ces personnes. En insistant sur le fait que chaque cas est différent, Richard Lehner, responsable de la Commission abus sexuels dans le contexte ecclésial du diocèse de Sion, reconnaissait alors que la réduction à l’état laïc de ces prêtres serait «un signe fort de l’Eglise envers les victimes».

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Des précédents existent à travers le monde. En France, l’abbé Bernard Preynat, à l’origine de ce que l’on a appelé «l’affaire Barbarin», du nom de l’archevêque de Lyon et primat des Gaules, a été renvoyé à l’état laïc cet été. En février, le pape François a défroqué l’octogénaire américain Theodore McCarrick. Pour la première fois de l’histoire de l’Eglise catholique, une telle sanction était infligée à un cardinal pour des motifs d’abus sexuels.

«La sanction ultime»

La question du renvoi de l’état clérical est au cœur des réflexions que le clergé mène au sujet de ces deux prêtres valaisans. Les autorités religieuses y répondront donc par la négative. «Le renvoi de l’état clérical est la sanction ultime, explique Mgr Jean-Marie Lovey, l’évêque de Sion. Or, comme dans le civil, les sanctions doivent être proportionnées à la gravité des faits. Nous ne pouvons pas sanctionner tous les actes de la même manière.» Si l’homme d’Eglise ne détaille pas quels sont les faits reprochés aux deux prêtres valaisans toujours en vie, il précise que leur «gravité ne mériterait pas le renvoi de l’état clérical».

L’année dernière, l’Eglise valaisanne parlait de trois cas de prêtres abuseurs encore en vie. Depuis, ce chiffre a été réduit d’une unité. Dans le dernier cas, les faits ne relevaient pas d’abus sexuels sur des mineurs, mais de rapports homosexuels consentis entre adultes. «La justice civile a rendu une décision de non-entrée en matière et a émis une ordonnance de classement», explique Jean-Marie Lovey, précisant que le prêtre concerné n’est plus en ministère actif.

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Un dossier compliqué à gérer

En poste depuis cinq ans, Jean-Marie Lovey reconnaît que ce dossier est compliqué à gérer. «C’est difficile de découvrir que des confrères ont commis de tels actes. Il faut assumer et c’est dur», confesse-t-il. L’évêque de Sion se sent-il trahi par ces prêtres? «Les victimes, elles, ont été trahies, à coup sûr. En ce qui me concerne, ce n’est pas le premier sentiment que je ressens. Si cela n’enlève rien à la gravité des faits ou à la douleur des victimes, tous les faits découverts en Valais sont anciens, et cela modifie forcément notre ressenti.»

L’évêque de Sion estime que sa fonction l’oblige à être proche de ces prêtres. «Lorsqu’un enfant est malade, ses parents restent auprès de lui pour en prendre soin», illustre-t-il. Monseigneur Lovey a rencontré à plusieurs reprises les deux prêtres valaisans abuseurs toujours en vie et il n’a pas peur de dire qu’il éprouve un sentiment de compassion pour ces agresseurs: «J’ai été surpris de voir à quel point ils souffrent et ils ont été perturbés dans leur vie personnelle par les actes qu’ils ont commis. Nous devons être proches d’eux pour qu’ils ne s’enferment pas dans leurs actes et qu’on ne les emprisonne pas dans leur statut d’abuseurs.»

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L’Eglise doit se renouveler

Confronté à ce scandale depuis le début de son ordination, Jean-Marie Lovey évoque l’abus de pouvoir qui est inhérent à ces situations. «Les prêtres ont naturellement une autorité spirituelle sur les baptisés et tout dépend de ce lien, souligne-t-il. Pourtant, le sacerdoce nous oblige à être au service des personnes et non pas d’avoir un pouvoir sur elles.» Pour l’évêque de Sion, ce scandale doit permettre à l’Eglise de se renouveler. Cela passe-t-il par le célibat des prêtres? «Non, répond catégoriquement Jean-Marie Lovey. Le mariage est une vocation bien plus noble qu’un remède à la pédophilie. Ce renouvellement passe par une réelle prise de conscience des faits, une acceptation des responsabilités, une conversion et un réel pardon de l’Eglise.»


De nouveaux cas d’abus sexuels dans le contexte ecclésial

Trente et une personnes, abusées dans le contexte ecclésial, se sont annoncées auprès des différents diocèses de Suisse en 2018 (ces chiffres ne prennent pas en compte les cas annoncés auprès de la Cecar, une commission neutre et indépendante). Trois cas ne sont pas prescrits et concernent des actes qui se sont déroulés entre 2000 et 2018.

Dans ses statistiques publiées mi-septembre, la Conférence des évêques suisses détaille ces trois affaires. Pour l’une des personnes mises en cause, il s’agit «d’avances déplacées à l’égard d’une femme adulte». La deuxième a tenu «des propos à connotations sexuelles à l’égard d’une femme adulte». Pour ces deux cas, il n’y avait pas de rapport de dépendance pastorale. Quant au dernier individu, il a tenu «des propos à connotations sexuelles» et fait «des avances déplacées à l’égard d’un homme adulte dans le cadre d’une situation de dépendance pastorale».

Les 28 autres cas, dont un en Valais, sont tous prescrits. Vingt-trois d’entre eux se sont déroulés entre 1950 et 1980. Pour la Conférence des évêques suisses, «les statistiques montrent que les mesures prises depuis 2002 font effet».

Vingt-deux cas traités par la Cecar

De son côté, la Cecar a traité l’an dernier 22 requêtes. Six dossiers ont été clôturés, 15 sont encore en cours, quant au dernier, il ne relevait pas de la compétence de cette commission. Quatorze des 22 requêtes concernaient des hommes, huit des femmes. La commission précise que 14 dossiers ont reçu une indemnisation financière pour un montant total de 185 000 francs.

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