En débouchant depuis la cité historique, le promeneur non averti pourrait presque en avoir le vertige. Il se trouve soudainement face au vide. Un espace immense qui s'ouvre sur le lac et qui contraste avec le maillage serré des petites rues de Vevey: la place du Marché. Une place que les Romands connaissent notamment grâce à la Fête des vignerons, qui y prend ses quartiers quatre fois par siècle pour célébrer fastueusement la vigne et ses produits. Les lieux accueillent également les mardis et les samedis un marché renommé, les cirques de passage, les marchés folkloriques ou encore la fête de la Saint-Martin, chaque deuxième mardi de novembre. En septembre 2007, Elton John y a chanté, marquant peut-être là le début d'une tradition de concerts géants sur la place. C'est du moins le souhait des autorités.

Un lieu de mémoire

Mais ce qui est considéré comme l'une des plus grandes places ouvertes d'Europe, véritable lieu de mémoire pour de nombreux Romands, est aujourd'hui en réalité un vaste parking de 440 places. La plupart du temps. Un parking, objet d'un intense débat local (lire ci-contre), tapissé d'un bitume usé et rapiécé donnant naissance à une étendue de carrosseries parquées serrées.

Au nord de la place, la Grenette, dont on célèbre aujourd'hui même le bicentenaire. Heureuse ville de Vevey, qui n'a pas détruit son grenier historique à l'époque où le besoin de stocker le blé disparaissait peu à peu. Lausanne démolit définitivement la sienne en 1933.

La Grenette et la place du Marché sont intimement liées. Et si le bâtiment actuel ne cohabite avec la place que depuis 1808, plusieurs halles commerciales ont existé auparavant dès le XIVe siècle. Celles-ci sont maintes fois détruites et rebâties au fil des siècles. Devenues trop petites, les édiles locaux décident la construction d'une grenette qui remplira à la fois le rôle de grenier, celui de marché couvert et sera en sus chapeautée d'une horloge, palliant ainsi la disparition de celle qui se trouvait sur la porte Auvent (ou porte Auvert) détruite en 1798. Un vrai compromis à la vaudoise.

Du pur néoclassique

C'est à l'architecte lausannois Jean-Abraham Fraisse qu'on doit le style néoclassique du bâtiment. Pour Luigi Napi, historien de l'art monumental régional, cette grenette est une réussite. «Le bâtiment est élégant et de prestige, dit-il. Les édiles veveysans avaient conscience que leur ville était importante pour le commerce, l'industrie et les échanges. Cela a toujours été dans l'objectif de la ville d'avoir des bâtiments prestigieux.»

Vevey est en effet une ville importante au Moyen Age, presque aussi grande que la cité d'aujourd'hui. «L'arrière-pays» de Vevey va jusqu'à Bulle, Martigny et Cully, et sa position au bord du Léman en fait un des ports importants sur le lac, avec Villeneuve et Genève. C'est depuis le sud de la place du Marché qu'on fait alors accoster sur de simples planches les barques latines qui transportent les marchandises, raconte Luigi Napi.

La place, dont la première mention remonte au XIIIe siècle, est longtemps située juste en dehors des limites de la ville. Petit à petit, les remparts de la cité perdent leur rôle de barrière militaire et policière, permettant ainsi l'ouverture du bourg sur sa place du Marché qui, tout en continuant à être un poumon économique, devient progressivement une place d'agrément et de fêtes avec une véritable vocation culturelle. Comme c'est encore le cas aujourd'hui. C'est toutefois au XIXe siècle seulement que la place du Marché de Vevey peut être considérée comme le centre de la ville, après la construction des nouveaux quartiers industriels bâtis plus à l'ouest, devenant par la même occasion le lien entre la vieille ville et la ville nouvelle.

Pour fêter les 200 ans de la Grenette, une brisolée est servie dès 10h30 aujourd'hui. Animations musicales toute la journée. A 19h, sur la place du Marché, commémoration officielle.