Lac d’huile, soleil de plomb et moral en acier. Pour lancer sa campagne en vue des fédérales du mois d’octobre, le Parti libéral-radical neuchâtelois a invité les médias pour une petite croisière entre Neuchâtel, Cudrefin et Portalban. Sur le pont avant du «Neuchâtel», les candidats du parti ont exprimé leur volonté de garder leurs deux sièges (sur cinq) au National. Avec comme étendard un slogan («Ensemble pour Neuchâtel») inspiré de celui qui avait été imaginé pour les cantonales de 2009 («Ensemble changeons»).

Ensemble, vraiment? Il y a deux ans, la campagne pour le Conseil d’Etat avait tourné à la foire d’empoigne entre candidats PLR, prélude aux règlements de comptes qui ont rythmé l’affaire Hainard. «Il est impossible de faire pire», considère Alain Ribaux, responsable des finances de la Ville de Neuchâtel et candidat au National. L’ancien juge assure que sa candidature n’est pas dirigée contre les sortants Sylvie Perrinjaquet et Laurent Favre. Mais il ne se voit pas jouer les porteurs d’eau. «Mon objectif principal est d’aider le PLR à maintenir sa position avec, si possible, un siège pour moi.»

Cette ambition affichée pourrait susciter de nouvelles tensions à l’interne ces prochaines semaines. «J’en ai vu d’autres», s’amuse Sylvie Perrinjaquet, en faisant référence à sa candidature au Conseil d’Etat, en 2001, qui avait suscité l’opposition de plusieurs caciques libéraux. Comme Laurent Favre, elle se dit «sereine» face à cette concurrence non souhaitée mais acceptée. «Nous voulons continuer notre travail à Berne, martèlent-ils en chœur. Après une législature, nous avons encore plusieurs dossiers à mener à bien.»

Souvent isolée au sein de son parti, parfois dénigrée, Sylvie Perrinjaquet semble être la sortante la plus menacée. A 56 ans, l’ancienne conseillère d’Etat (2001-2009) a perdu une bonne partie de sa popularité. En 2007, elle avait été élue sans briller à la Chambre basse. Avec 6810 voix, elle était restée très loin de Didier Burkhlater (11 798). Elle avait devancé Laurent Favre – alors député et encore peu connu – de moins de 900 voix. «Beaucoup d’électeurs ne voulaient pas que je cumule les mandats, d’autres ne voulaient pas que je quitte le Château, explique-t-elle avec le recul. Comme membre du gouvernement, j’étais aussi associée à des mesures d’économie peu populaires.»

L’exercice du double mandat lui a aussi porté préjudice, même si elle s’en défend avec énergie. Comme l’avait relevé L’Hebdo, l’élue libérale-radicale a surtout brillé par ses absences lorsqu’elle cumulait les deux fonctions avec 43% des votes manqués. «Ce chiffre a fait du bruit, considère son collègue au Conseil national Yvan Perrin (UDC). Beaucoup de Neuchâtelois résument son action à cela. C’est réducteur. Je la côtoie à la commission sécurité. Elle fait bien son travail.»

Si Alain Ribaux assure qu’il n’a pas de cible, son discours laisse penser le contraire. «En politique, il y a des phases où l’on est en phase montante, d’autres où on est en phase descendante, confie l’élu de 49 ans. Je me trouve dans la première catégorie. En 2009, lors de l’élection au Grand Conseil, j’ai fait le meilleur score du district de Neuchâtel, tous partis confondus. J’espère profiter à nouveau de ce soutien.» Avec une recette éprouvée pour passer l’épaule: «Ne pas être tracé par les siens et aller chercher des voix dans les autres partis.»

Yvan Perrin – qui, sauf sensation, conservera son siège – ne pense pas que le challenger réussira son coup. «A la place de Laurent Favre et Sylvie Perrinjaquet, je ne serais pas très inquiet. Alain Ribaux est une personne de qualité, mais sa notoriété se concentre essentiellement en ville de Neuchâtel. Dans les districts de La Chaux-de-Fonds et du Locle, ce sera difficile pour lui. J’ai vu Sylvie Perrinjaquet au brunch à la ferme à La Brévine. Elle a fait un tabac. Laurent Favre a gagné en visibilité. Avec ses fonctions à la Chambre d’agriculture, il a la campagne avec lui.»

Risquée pour la cohésion du PLR, la candidature d’Alain Ribaux devrait permettre au parti de conserver ses deux sièges à la Chambre basse. Apparenté au PDC et au PBD, le premier parti du canton possède une petite marge de sécurité sur le Parti socialiste. Malgré le soutien de la gauche plurielle, ce dernier devrait se contenter d’un siège comme en 2007. L’élection aux Etats, qui se déroule désormais à la proportionnelle, devrait logiquement sourire aux sortants Raphaël Comte (PLR) et Didier Berberat (PS).