Justice

Deux sœurs vaudoises suspectées de liens avec le terrorisme islamiste

La mère et la tante d’un jeune radicalisé ont passé plusieurs semaines en détention provisoire avant d’être libérées. Le parquet fédéral enquête pour savoir si les deux femmes ont financé Daech et si elles ont même envisagé de commettre un attentat

Deux sœurs d’origine tunisienne, domiciliées de longue date dans le canton de Vaud, sont soupçonnées d’avoir voulu financer l’Etat islamique en versant de l’argent en Turquie et d’avoir séjourné en Syrie en vue de participer au «djihad». Elles ont été arrêtées début septembre et détenues durant plusieurs semaines. Ces quadragénaires ne sont autres que la mère et la tante d’un jeune homme poursuivi lui aussi pour avoir voulu rejoindre les rangs de Daech alors qu’il était encore mineur. «Ces deux personnes ne sont plus en détention provisoire», précise Walburga Bur, porte-parole du Ministère public de la Confédération (MPC).

Contexte familial

C’est un arrêt du Tribunal pénal fédéral, daté du 10 octobre et diffusé ultérieurement avec un embargo brisé ce dimanche, qui lève le voile sur la nature grave des soupçons ayant conduit, le 5 septembre 2017, à l’interpellation des deux femmes. Les perquisitions, menées à cette occasion dans le petit village de Gimel, avaient déjà été évoquées par la presse. De même que l’expulsion quelque mois auparavant d’une jeune Française, l’amie du fils radicalisé, considérée comme une menace pour la sécurité intérieure.

Le fils en question, sorte de petite frappe au parcours scolaire chaotique, selon une enquête publiée à l’époque par Le Matin Dimanche, dont le cas relevait de la justice des mineurs du canton de Vaud, a été détenu durant trois mois en été 2016 avant d’être libéré moyennant un suivi rapproché. Il fréquentait la grande mosquée de Genève, où il aurait été en contact avec deux autres jeunes candidats à la guerre sainte, arrêtés à leur retour en Suisse, puis également libérés avec des mesures de surveillance.

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Transferts d’argent suspects

La procédure contre les deux femmes démarre le 23 mars 2017. Le parquet fédéral a été alerté par une annonce Europol faisant état de versements suspects effectués par la tante et la mère, ainsi que par l’ex-compagnon de cette dernière. Une enquête est ouverte contre ces trois personnes afin de vérifier si cet argent devait servir à financer l’organisation terroriste.

Les investigations, résumées dans l’arrêt du TPF, montrent que la mère aurait versé plus de 6000 dollars en faveur d’un homme désigné par les autorités américaines comme étant un proche de l’intermédiaire financier de l’Etat islamique. La tante aurait elle aussi transféré deux montants plus modestes alors qu’elle se trouvait à Gazantiep, en Turquie. Sur le compte YouTube de cette dernière, la police fédérale découvre des vidéos d’Oussama ben Laden et du Hamas.

Témoignage accablant

Les enquêteurs disposent surtout d’informations, transmises par les autorités de l’Hexagone, qui font état d’un témoignage accablant. Une radicalisée française, de retour de Syrie en octobre 2015, explique avoir rencontré sur place deux sœurs suisses qui parlaient l’arabe et le français, qui avaient entre 40 et 50 ans, et dont l’une avait un fils portant le même surnom. Selon ce témoin, les deux femmes avaient le projet de commettre un attentat. Entendue à nouveau le 5 septembre 2017, en présence d’un policier suisse, le témoin identifie formellement les deux prévenues sur une planche photographique.

Les soupçons les plus graves sont contestés par les deux femmes. La mère, la seule à avoir recouru contre son maintien en détention provisoire, estime que les déclarations de cet unique témoin doivent être appréciées avec la plus grande prudence. Elle soutient encore, selon l’arrêt, qu’il n’est nullement établi que la personne à qui elle a versé de l’argent en Turquie contribue au financement de l’Etat islamique. A l’entendre, ces dons avaient un but humanitaire, et ses voyages sur place n’étaient que du tourisme balnéaire. Elle se dépeint enfin comme une musulmane modérée, qui boit parfois de l’alcool. Rien de compromettant n’aurait d’ailleurs été retrouvé lors de la perquisition de son domicile de Gimel.

Risque de collusion levé

Contactée, l’avocate de la mère, Me Elise Deillon-Antenen, se contente de déclarer que sa cliente «réfute les faits tels que relatés dans l’arrêt». Bien que la Cour des plaintes du TPF ait confirmé le maintien en détention provisoire de sa cliente jusqu’à décembre, en raison d’un risque de collusion avec les autres protagonistes du dossier, celle-ci a pu retrouver sa liberté fin octobre, après son audition par la procureure. La tante est aussi sortie de prison, une semaine plus tard. Toutes deux seraient en mauvaise santé. Me Laurent Gilliard, défenseur de l’aînée, souligne qu’une partie des charges se révèle d’ores et déjà infondée. De son côté, le MPC se refuse à donner plus d’informations sur une procédure encore en cours.

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