La nouvelle affaire BCV ne pouvait tomber plus mal pour le M2, le nouveau métro lausannois sur lequel les Vaudois doivent voter le 24 novembre. Un canton dans une si mauvaise situation financière peut-il se payer un projet aussi coûteux (590 millions de francs, dont 300 pour le canton), le plus cher depuis la construction du CHUV? La question était dans beaucoup d'esprits. L'annonce d'une nouvelle recapitalisation de la Banque Cantonale Vaudoise (BCV), à hauteur de 1,25 milliard de francs, l'a rendue terriblement pressante. D'anciens adversaires du dossier, que l'on croyait réduits au silence, n'ont pas tardé à tirer parti de la nouvelle situation pour revenir à la charge (lire Le Temps de mardi sur l'irruption du professeur Philippe Bovy dans le débat public).

Le poids du M2 sur les finances vaudoises est considérable

Le métro Ouchy-Epalinges devra être financé par l'emprunt. Le récent retour des finances cantonales à un «petit équilibre» permettant de payer le ménage courant, voire une partie des investissements, est trop précaire pour que l'on puisse compter dessus. Il faut donc s'attendre à ce que la dette vaudoise augmente de 300 millions de francs ces prochaines années. Ce qui lui fera passer la barre des 9 milliards de francs et se rapprocher de Genève et Berne, les deux cantons les plus endettés de Suisse. Bon an mal an, le métro influencera le ménage annuel de l'Etat pendant un demi-siècle. Certes, ces quelques dizaines de millions de francs (31 millions en 2007-2008, charge maximale prévue) ne représentent que 0,5% des charges dans un budget de 6 milliards de francs. Elles n'en sont pas pour autant anodines, alors que les charges continuent de croître (+3,8% au budget 2003) et que tous les efforts d'économies ne parviennent pas à éliminer un déficit de 150 millions de francs.

Une opposition essentiellement financière

La tendance n'est pas favorable, la Suisse se préparant à faire face dans la durée à des difficultés économiques qui feront baisser les recettes des personnes morales et grimper les dépenses sociales. Les reports de charges attendus de la Confédération sur les cantons donnent également des cheveux blancs aux responsables des finances cantonales.

Sur le plan partisan, le M2 est soutenu par un large spectre, qui s'étend du POP à la Ligue vaudoise. Face à un tel front, les rares opposants politiques déclarés ont renoncé à constituer un comité de campagne. Tout comme ils se sont gardés, face à des promoteurs qui bétonnent leur argumentation depuis des années, de remettre en cause la valeur intrinsèque du projet. Mais ils s'appuient sur le contexte défavorable pour justifier un non financier au métro. Le Parti libéral est la seule formation politique à avoir émis une recommandation de vote négative, mais il est loin d'être unanime. «Ce métro, il faut le faire», relève ainsi le député Pierre Rochat, pour qui le salut des finances vaudoises passe par un rééquilibrage canton-communes et non par un renoncement aux investissements.

D'autres gros investissements dans le pipe-line

Les opposants, comme le libéral Philippe Leuba ou le radical Armand Rod, président de la Commission des finances du Grand Conseil, opposent de leur côté le M2 à d'autres investissements majeurs envisagés dans un futur proche. Les principaux d'entre eux concernent le domaine santé sociale. Le suivi des recommandations de la commission d'enquête parlementaire sur les EMS a mis en évidence un besoin de 600 millions de francs (l'équivalent du coût total du M2) pour assurer une offre suffisante et décente dans ces établissements. Ce montant ne représente à ce stade qu'une enveloppe théorique qui n'a encore fait l'objet d'aucune décision politique. Le dossier de l'hôpital unique Chablais-Riviera se profile par ailleurs à l'horizon. Les gouvernements vaudois et valaisan annonceront à la fin du mois le site choisi pour son emplacement. Coût prévu: 150 millions de francs.

Un cadre général qui fait défaut

L'engagement massif pour le M2 risque-t-il de plomber pour des années la politique d'investissement du canton? Le Conseil d'Etat le conteste. A l'évidence, un canton ne peut pas se limiter à une priorité unique et il est absurde de jouer un projet contre un autre, affirme-t-il en substance. Mais quels seront les autres investissements prioritaires du gouvernement vaudois? Quand seront-ils lancés? Avec quels moyens le canton pense-t-il assurer les besoins à venir, tout en démontrant parallèlement sa volonté de redresser les finances cantonales? Autant de questions qui restent posées. Tout en n'excluant pas qu'il faille le moment venu poser la question d'une hausse d'impôts (Le Temps de jeudi), le patron des finances Pascal Broulis renvoie au programme de législature et à la nouvelle planification financière, promis pour le début de l'année prochaine.

«Un remède contre la déprime»

Faute d'avoir réussi à présenter, simultanément au «métro du XXIe siècle», le cadre général de son action politico-financière, le gouvernement cantonal ne peut qu'espérer que les électeurs laisseront ce M2 aller sur ses rails. Que les considérations financières ne l'emporteront pas sur toutes les autres: le développement des transports publics, la lutte contre la pollution, l'attractivité de la capitale, la nécessité de prévoir l'avenir. Ainsi que la relance, puisque l'Etat peut désormais se targuer de faire œuvre anticyclique. Vue par l'écologiste Philippe Biéler, premier responsable politique du M2, la situation se résume à une grande question: «Savoir si l'on peut réussir un projet stratégique dans une période de déprime, ou si c'est la déprime qui va gagner.»