Le Centre social d'intégration des réfugiés statutaires (CSIR) n'a pas fini de fréquenter les tribunaux vaudois. Alors que l'Etat vient de déposer 21 plaintes pénales pour abus dans l'aide sociale, l'assistant social par qui le scandale a éclaté en mars dernier accusait hier un réfugié d'insultes et de menaces de mort.

Les faits se seraient passés le 21 octobre 2004. Après l'avoir traité de «gros connard» et de «fils de pute», Pierre*, un réfugié d'origine tunisienne, aurait croisé Oscar*, l'assistant social en charge de son dossier, et aurait mimé un égorgement. Sans témoin probant, la présidente du tribunal a finalement acquitté Pierre au bénéfice du doute. Par ordonnance pénale, il avait d'abord été condamné à cinq jours de prison avec sursis.

Outre les dénégations de l'accusé, qui reconnaît seulement avoir «parlé fort», l'accumulation de procédures parallèles a contribué à embrumer l'audience d'hier. C'est que ce chapitre s'ajoute à un catalogue judiciaire chargé.

Il y a d'abord ces six plaintes pour menaces et injures déposées par Oscar à l'encontre de différents réfugiés. De son côté, Pierre lui-même attend encore une décision finale du Tribunal administratif sur des versements d'aide sociale contestés. Une autre plainte a été déposée contre lui par le CSIR en mai dernier: elle accuse Pierre d'avoir dissimulé des revenus accessoires. Pendant ce temps, le groupe Impact de l'Etat examine des accusations de mobbing portées par Oscar à l'encontre de ses supérieurs. L'assistant social les accuse notamment de l'avoir laissé seul face aux pressions de certains réfugiés, rendus furieux par son zèle à contrôler le bien-fondé des versements du CSIR.

Pour rappel, Oscar avait provoqué une tempête en dénonçant dans 24 Heures des abus dans l'aide versée par le CSIR. Depuis, le ministre Pierre-Yves Maillard a confirmé l'existence d'un lourd contentieux et annoncé des mesures de contrôle. Les 21 plaintes déposées la semaine dernière par l'Etat portent sur 350 000 francs versés à tort.

Difficile de faire abstraction de ce contexte, même pour juger les faits précis du 21 octobre: les collègues du plaignant ont entendu ou non les insultes en fonction de leurs camps respectifs. Cette assistante sociale se souvient très bien que Pierre a menacé son collègue. A une question de la présidente, elle reconnaît être «plutôt du côté d'Oscar» dans l'affaire du mobbing.

Position inverse de sa supérieure hiérarchique. Alors qu'elle a cosigné avec Oscar plusieurs courriers dénonçant les menaces et les insultes de Pierre, elle assure aujourd'hui n'avoir jamais assisté à des débordements de sa part. «Avant, je faisais confiance à mon équipe par principe. Je n'aurais pas dû signer ces lettres. Depuis, j'ai appris à être plus prudente.»