Quand la police est arrivée au Salon Erotica, rue des Fausses-Brayes à Neuchâtel, elle y a trouvé deux Camerounaises «dont la tenue ne laissait planer aucun doute sur leurs activités». Pendant ce temps, une troisième Africaine sautait par la fenêtre, d'une hauteur de quatre mètres, pour s'échapper. La mère maquerelle qui leur louait le trois-pièces a comparu avant-hier devant le Tribunal de police de Neuchâtel. Elle s'en est bien tirée.

En mars 2000, la police avait démantelé un réseau de traite de femmes arrivant du Cameroun «pour cueillir l'argent dans la rue». Les jeunes femmes venaient en Suisse dans l'espoir d'y dénicher un mari ou un emploi. En attendant, elles se retrouvaient dans un salon de massage. Certaines présentaient les papiers d'autres Camerounaises régulièrement établies en Suisse quand la police frappait à la porte. Des papiers qu'elles devaient louer aux mères maquerelles, qui encaissaient, en outre, un paquet d'argent sur la location de l'appartement mis à disposition, et les menus frais qu'ils occasionnent: lessive de la literie des alcôves, tenues de soirées, et accessoires annexes.

C'est trois mois après l'annonce de ce trafic que les policiers ont débarqué dans le studio des Fausses-Brayes. La locataire des lieux vit près de Berne, elle a épousé un Suisse et sa fille fait son droit à l'Université. Les trois Africaines n'avaient pas de papiers en règle. L'une était venue de France, en traversant la frontière à pied près d'Annemasse. Les autres traînaient dans la rue et avaient demandé asile à la prévenue. C'est donc par pure charité qu'elles les a accueillies chez elle. Si elle leur réclamait deux fois le prix du loyer, on ne peut pas parler d'usure, a estimé le juge Daniel Hirsch. L'incitation à la prostitution n'est pas réalisée non plus. Ces femmes se prostituaient avant d'arriver à Neuchâtel. Le tribunal n'a pu que condamner la présumée maquerelle pour une infraction à la loi sur le séjour et l'établissement des étrangers. Ce qui nous fait 800 francs d'amende et 300 francs de frais.