C'est un homme discret qui déteste faire parler de lui. Mais il est parfois difficile de rester dans l'ombre. Surtout lorsqu'on est visé par deux procédures pénales d'une ampleur retentissante. Celle de la débâcle de la Banque Cantonale de Genève. Et celle des errements comptables de la Banque Cantonale Vaudoise. L'heure était jeudi à la défense de celui que le Ministère public a surnommé «Monsieur méthode forfaitaire».

L'ancien coordinateur de la société de révision ATAG -c'est de lui qu'il s'agit -, représenté par Mes Pierre de Preux et Isabelle Bühler, soutient qu'il était bien trop éloigné des réalités du terrain pour pouvoir distinguer des incohérences dans les rapports qu'il devait cosigner ou deviner un manque de provisions dont l'existence ne serait de toute façon pas démontrée.

Question de méthode?

«On n'est pas venu ici pour recevoir des félicitations.» La défense veut bien l'admettre. Cette méthode, consistant à adopter un taux forfaitaire unique pour la couverture des risques potentiels présentés par les débiteurs de la BCV, ne mérite pas une médaille. Qualifiée de dépassée mais pas d'inadmissible, celle-ci s'est déjà attirée les foudres de la Commission fédérale des banques (CFB). Mais devant le juge pénal, a souligné Me de Preux, il ne doit plus être question de méthode mais bien de résultat.

Or, martèlent les avocats, rien ne démontre l'existence de ce manque de provisions allégué par le Ministère public. Pire. Aux dires de l'expert mandaté par la défense, il est tout simplement impossible de se prononcer sur cette question sans réexaminer dans les détails tous les dossiers crédits de l'époque.

De même, il serait naïf de croire qu'il existe une vérité comptable, a encore rappelé Me de Preux. Les calculs sont toujours le résultat d'une construction et d'un choix stratégique. Et ce choix, à la BCV, était visiblement de faire les fonds de tiroirs pour continuer à fonctionner en attendant des jours meilleurs.

Quel intérêt avait ce cadre supérieur, dépeint par tous comme un travailleur acharné et méticuleux, à tremper dans des manipulations? Aucun, explique Me Bühler. Une perte du mandat BCV n'aurait rien changé à sa rémunération. Il avait encore moins de raison de faire des cachotteries à la CFB car la mise en évidence de procédés peu conventionnels aurait certainement entraîné une révision complémentaire susceptible d'enrichir encore plus les caisses d'ATAG.

L'absence de toute intention maligne a également été plaidée par Me Jean-Christophe Diserens pour le second réviseur impliqué dans cette affaire. Ce responsable du mandat BCV, banni aujourd'hui de la profession par décision de la CFB, ne réclame aucune reconnaissance d'excellence. Mais il conteste toute tricherie organisée pour le compte d'anciens dirigeants bien mal pris.

En somme, les réviseurs d'ATAG n'avaient aucune raison de douter des informations remises par la BCV et les dirigeants n'avaient, disent-ils eux-mêmes, aucune raison de remettre en cause la validité des analyses du plus auréolé des organes de révision. La boucle est bouclée. Ou presque. Le procès s'achève aujourd'hui avec les ultimes plaidoiries.