«Après l'enlèvement de Stéphane Lagonico, les événements m'ont échappé. J'ai en quelque sorte obéi aux ordres des autres», a expliqué Christian Pidoux au quatrième jour de ce procès fleuve. Celui qui reconnaît avoir été le concepteur d'une séquestration affirme que rien ne s'est passé comme prévu. Les intermédiaires et les exécutants sont devenus plus exigeants et menaçants. «J'avais peur pour moi, ma famille, mes amis et aussi pour l'otage», précise l'accusé. Une version farouchement contestée par les mis en cause, qui réfutent toute inversion des rôles dans cette affaire.

Une fois l'avocat enlevé et séquestré en Valais par la bande des Kosovars, Christian Pidoux a été contacté par ses deux intermédiaires, Alpi et Mike. Il a reçu de leurs mains les cartes bancaires appartenant à Stéphane Lagonico et grâce auxquelles il disait espérer pouvoir réunir une somme substantielle. «A ce moment, Alpi m'a dit qu'il fallait que je lui donne 200 000 francs d'ici une demi-heure. Je savais que c'était techniquement impossible et j'ai paniqué», raconte l'accusé. Tous trois essayent de retirer de l'argent sans grand succès. C'est alors que Christian Pidoux dit avoir contacté Pascal Schumacher pour qu'il lui vienne en aide. Ce dernier confirme: «Il m'a dit qu'on avait pris Stéphane Lagonico et qu'il fallait faire des retraits. Je n'avais pas d'autre solution que de lui porter secours.» Une philanthropie que d'aucuns trouvent surprenante à une période où les deux jeunes gens se disputaient le cœur de la belle Katia.

Ayant réuni quelque 8500 francs grâce aux cartes bancaires, le duo retourne sur les lieux du rendez-vous. «Alpi m'a dit que j'avais intérêt à rassurer Naïm, sinon ce dernier allait me tuer», précise Christian Pidoux. «Pas du tout, rétorque l'Italien, j'ai juste dit qu'il fallait payer les personnes qui avaient fait le travail.» A ce moment, le concepteur du rapt et l'un de ses bras armés se rencontrent pour la première fois dans une voiture. «Christian m'a juste dit de lui faire confiance, que c'était une affaire sûre», se rappelle Naïm.

Pascal Schumacher, qui attendait son ami quelques mètres plus bas, le ramène sur Lausanne. «Il était encore plus paniqué qu'avant», soutient-il. Que fait alors celui qui ne sait pas comment se sortir de cet imbroglio? Il va acheter une pizza avant de rejoindre son frère Marc, Pascal et Katia Pastori au domicile de cette dernière, où le quatuor n'aurait pas pipé mot des événements. Tout au plus, un certain malaise pouvait être ressenti durant cette soirée où certains avaient moins d'appétit que d'autres. Au milieu de la nuit, les deux frères Pidoux rentrent se coucher au domicile de l'aîné. Au passage, Christian fait encore un crochet pour parler avec Mike. Ce dernier précise qu'Alpi lui avait dit de «rester avec lui». Après avoir longtemps tourné autour du pot, Mike admet que c'est pour éviter que Christian ne disparaisse. Il ne réussit toutefois pas à s'imposer. Avant de sombrer dans le sommeil du juste, Christian lâche à son frère que quelqu'un s'est fait enlever. Il n'en dira pas plus et Marc ne lui posera pas plus de questions.

Quel rôle a joué Pascal Schumacher à ce stade des événements? Celui d'un bon samaritain pris dans la tourmente, assure ce jeune homme, qui se trouvait bien souvent au mauvais endroit et au mauvais moment. Mais cela n'est évidemment que pure coïncidence. Le jour de l'enlèvement, son relevé de carte de crédit montre qu'il a déjeuné dans le même restaurant que Stéphane Lagonico. «Je ne me souviens pas, c'est possible», dit-il. L'après-midi, sa voiture était garée non loin des lieux du rapt. C'est sans doute parce qu'il devait se trouver au solarium. Il est vrai que Pascal semble bien prendre soin de sa personne.

En témoignent l'attention qu'il porte à sa chevelure, mais aussi la série de vaccins qu'il a faits en automne 1998 et qu'un médecin a cru bon de dénoncer au juge en précisant que ce patient dont toute la presse parle voulait se rendre en Amérique centrale. «C'était des rappels, c'était pour aller à Djerba avec Katia ou peut-être aux Caraïbes en vacances, mais sûrement pas au Brésil.» Son ancien employeur témoigne que Pascal se faisait moins zélé au travail, qu'il passait beaucoup de temps au téléphone avec Christian Pidoux et qu'il parlait de projet d'affaires avec Stéphane Lagonico. «Ce sont des gens qui sont à mille lieues de moi», insiste le jeune homme, quitte à se faire passer pour un simple frimeur.

Le procès reprend lundi avec l'épisode de la rançon.