Pour la première fois, Paul* est seul à la maison avec sa petite fille âgée de moins de cinq mois. Sa compagne, Sandrine*, a repris le travail après un congé maternité. Pour Paul, cette fin d'après-midi d'été 2006 est une journée difficile. Une chaleur accablante. Sa fille ne cesse de pleurer, et rien de ce qu'il entreprend pour la calmer ne fonctionne. Cerise sur le gâteau, un de ses chiens vomit dans le séjour de la maison. Excédé, dépassé, il saisit sa fille et la secoue quelques secondes à peine afin qu'elle arrête de pleurer. Mais quelques secondes de trop.

Les dommages cérébraux sont importants, surtout que Paul replace sa fille dans son berceau sans mesurer pleinement la gravité de son geste. Le temps passe. Quinze minutes, trente, peut-être plus, où Paul fait des allers et retours dans la chambre. «J'ai vu que quelque chose n'allait pas, ses bras tremblaient, ses yeux étaient entrouverts», a expliqué Paul hier à la Cour du Tribunal d'arrondissement du Nord vaudois. Mais Paul ne fait rien pour secourir sa fille. De retour du travail, Sandrine retrouve son compagnon dans le noir devant la télé. «Il avait le visage fermé», a-t-elle déclaré.

Sandrine prend immédiatement les choses en main et le couple se rend à l'hôpital afin que la petite puisse être soignée. Mais il est trop tard, l'enfant décédera d'un œdème cérébral deux jours plus tard, victime du syndrome du bébé secoué (SBS). Pour illustrer la violence des secousses, le représentant du Ministère public a donné pour comparaison le corps d'un homme de 80 kilos secoué par un géant d'une tonne. Reconnaissant aujourd'hui sa culpabilité après plus d'une année de déni, Paul, meurtri dans son être, a déclaré en fin d'audience: «Je donnerais ma vie pour qu'elle revienne, j'aurais aimé qu'elle me survive.»

Accusé d'homicide par négligence, Paul a été condamné à huit mois de privation de liberté avec trois ans de sursis et un traitement ambulatoire psychiatrique à poursuivre. Une peine sévère qui sanctionne entre autres un trop long silence.

*Prénoms fictifs