Chacun des accusés a eu un rôle dans ces combines visant à parer des plumes du paon une BCV de plus en plus exsangue. C'est en tout cas la conviction de Mes Yves Burnand et Christian Bettex qui ont, au nom de l'Etat de Vaud, ouvert les feux d'une semaine consacrée aux plaidoiries.

De Jacques Treyvaud, président du conseil d'administration dont le seul souci était «de mener un troupeau d'actionnaires dociles vers les petits-fours qui clôturent les séances», selon la formule de Me Bettex, la partie civile dira aussi qu'il rappelle la statue du commandeur.

L'ombre de ce président plane sur toute l'affaire. C'est de lui que vient ce mépris pour les politiques, explique Me Burnand. Tout sauf aller demander de l'aide au Château. C'est encore lui qui va imposer la loi du silence au sein de la banque lorsque la problématique de la couverture des risques va devenir un sujet de crispations.

Gilbert Duchoud, «c'est le contrebandier qui ignore les frontières». Homme d'action et patron autoritaire, il a dépassé son maître. Avec lui, ce n'est plus seulement de silence qu'il s'agit mais bien de mensonges, a ajouté Yves Burnand.

Dans le rôle d'exécutant, Daniel Crausaz, telle Cassandre dont les prophéties ne seront jamais prises au sérieux, a beaucoup souffert et culpabilisé. Cette conscience tourmentée aurait pu plaider en sa faveur, relève Me Burnand, si l'intéressé n'avait pas retourné sa veste pour devenir plus royaliste que le roi. Daniel Crausaz se profile désormais en leader d'une défense qui prétend que l'Etat aurait gagné à ses turpitudes. «Il y a quelque chose de pathétique à tout cela.»

La partie civile a également dépeint un Jean-Pierre Schrepfer aussi discret qu'omniprésent. Et comparé les réviseurs d'ATAG à des sorciers qui ont confectionné les potions destinées à faire avaler n'importe quoi à la Commission fédérale des banques.

Encaisser les dividendes

«Ils ont tous eu des comportements déloyaux», a conclu Me Burnand. Les accusés ont agi ainsi pour satisfaire leur ego, par crainte de perdre leur place ou leur mandat de réviseur, pour s'assurer aussi les revenus liés aux bénéfices et, pour ceux d'entre eux qui détenaient des actions, encaisser les dividendes.

L'Etat de Vaud tout comme la BCV, représentée par Mes Jean-Pierre Gross et Daniel Guignard, se sont abstenus de donner une qualification juridique aux agissements décriés. Ils ont préféré laisser cette tâche délicate au seul soin du Ministère public. Le réquisitoire débute ce matin.