Il avait le don d'endormir la méfiance de son entourage. Celle de sa maîtresse qui a profité durant vingt ans de ses largesses de fringant amateur de régates et de bolides sans poser beaucoup de questions. Celle aussi de ces employés de la Banque cantonale de Genève (BCGE) qui ont observé durant sept ans l'entrée et la sortie de 40 millions de francs en cash sans s'embarrasser de vérifications.

Au second jour de son procès, tout en contrition, T. , un gérant de fortune vaudois établi à Genève, a reconnu avoir utilisé les économies de ses clients pour perpétuer le système de cavalerie mis en place et aussi pour mener grand train (LT du 06.05.2008). «J'ai changé de mentalité depuis», assure le septuagénaire, qui s'était constitué prisonnier en 2001 lorsque les demandes de remboursements devenaient trop pressantes et qui a passé 2 ans et 4 mois à la prison de Champ-Dollon avant de recouvrer la liberté provisoire. Depuis, il fait le bonheur de la Fédération suisse des aveugles en qualité de bénévole dans un groupe de marche.

Maîtresse résignée

Ce dégoût de lui-même qui l'aurait mené jusqu'à un suicide raté, ces regrets exprimés à l'intention de ces clients qui, dit-il, l'adulaient au point de le presser de s'occuper de leurs économies, les parties civiles et l'accusation n'y croient guère. Ce d'autant plus que l'intéressé s'est opposé à une décision de la justice française qui aurait permis de réaliser la vente de sa villa de Port-Grimaud en faveur de ses créanciers.

Cette villa justement dont sa maîtresse garde un souvenir ému. C'est là que ce couple se rendait très régulièrement pour s'adonner aux plaisirs de la voile et pour rencontrer les futures victimes du gérant. Une photo montre d'ailleurs madame assises sur les genoux d'un client qui, ruiné, préférera se tirer une balle dans la tête.

A-t-elle profité de cet argent mal acquis? Pas plus que quelques safaris, la location d'un appartement à Paris, une montre et un manteau de vison. D'ailleurs, la maîtresse avait un emploi chez Swissair qui la mettait à l'abri du besoin. Seulement pour un temps car dès 2001, la déroute de la compagnie lui causait tant de soucis qu'elle dit avoir assisté à l'arrestation de son compagnon et la perte de ses propres économies avec une certaine résignation.

Manque de diligence

Calmes aussi, ces employés de l'agence BCGE du quartier Servette-Wendt qui n'ont pas manifesté la même réticence que leurs collègues de la défunte SBS, lesquels avaient préféré se séparer de ce financier peu transparent. Ce manque de curiosité a d'ailleurs valu une inculpation à deux responsables de la banque.

C'est dans les locaux de cette agence que l'accusé se rendait quotidiennement et même plusieurs fois par jour pour déposer et retirer jusqu'à 100000 francs d'argent liquide à la fois. Se présentant comme un gérant de fortune sans pourtant effectuer beaucoup de placements, il a toujours prétendu être l'ayant droit économique des fonds. «Il brassait beaucoup. Je m'en suis inquiétée auprès de la direction mais celle-ci n'a pas réagi», se souvient une caissière. Le procès se poursuit avec les plaidoiries.