La meilleure défense, c'est encore l'attaque. Les avocats des six anciens dirigeants et réviseurs de la Banque Cantonale Vaudoise ont commencé mercredi par faire le procès des autres acteurs de ce dossier. Celui de l'ex-procureur et expert Paolo Bernasconi, auteur d'un rapport qualifié de «péremptoire, bancal et unilatéral». Celui des parties civiles, qui se sont montrées si «malveillantes, sarcastiques et humiliantes» à l'égard des accusés. Enfin celui du Ministère public, qui a osé traduire en justice des personnes aussi respectables après avoir gâché leur prometteuse carrière ou troublé leur paisible retraite.

La journée était aux interminables «généralités» qui posent le décor de cette sensible affaire. Me Philippe Richard, défenseur de l'ancien président du Conseil d'administration Jacques Treyvaud, a lancé l'offensive en fustigeant la «petitesse» des plaignants. L'Etat de Vaud et la BCV, qui ont poussé «l'acharnement jusqu'à mandater des ténors du Barreau pour représenter leurs intérêts».

«Peloton d'exécution»

Ce qui est excessif est toujours dérisoire, a relevé l'avocat pour décrire des envolées jugées trop méprisantes. Quelques minutes plus tard, Me Richard évoquera pourtant, emporté par son élan, un véritable «peloton d'exécution» pour qualifier le réquisitoire du Parquet. Ce dernier, rappelons-le, a réclamé des peines pécuniaires avec sursis contre cinq accusés et une peine de 16 mois de prison avec sursis contre Gilbert Duchoud.

De l'avis du défenseur, ce procès sent terriblement le réchauffé. Il transpire aussi la politisation excessive et la volonté de chercher des coupables pour expliquer des recapitalisations successives et démesurées. Dix ans après la confection du fameux état des risques modifié, cette affaire méritait-elle pareille débauche d'énergie? Une longue instruction, cinq semaines d'audience, «un pataquès qui coûte cher à tout le monde», renchérira Me Jean-Christophe Diserens, au nom d'un réviseur externe.

D'ailleurs, comment a-t-on seulement pu douter de la loyauté des intéressés, se demande la défense? Celle d'un Gilbert Duchoud, décrit avec tant de chaleur par les témoins? Ce PDG qui avait toujours un mot gentil «même pour la femme de ménage»? Lui, jeté en pâture et menacé d'une peine de prison avec sursis.

Quant à Jacques Treyvaud, point n'est besoin de rappeler sa vie exemplaire dédiée au bien public. A la place de cette «bande de malfaiteurs» dont on s'est gratuitement moqué, Me Richard préfère parler de personnalités soucieuses de faire juste, sans jamais poursuivre un intérêt égoïste, et agissant avec les paramètres et les directives de l'époque. Autant dire pas grand-chose de concret en matière d'évaluation des risques sur les immeubles.

Pollution

Ils le répéteront inlassablement les uns après les autres. Le rapport Bernasconi a «pollué» toute cette affaire, influencé les témoins qui défileront à l'instruction, et pesé de tout son poids sur la rédaction de l'ordonnance de renvoi, qualifiée de simple «copié-collé». Pour Me Jacques Michod, l'avocat de Gilbert Duchoud, «ce rapport est la bouée de sauvetage des naufragés de l'accusation». Non sans critiquer au passage la propension du Ministère public à se projeter dans l'esprit des accusés et à prétendre savoir ce qu'ils pensaient. Un «procès en sorcellerie».

Des innocents

«Ils n'ont certainement pas fait tout juste, mais ils sont innocents sur le plan pénal. Votre tribunal devra avoir le courage de le dire», a poursuivi Me Christophe Piguet. L'avocat de Daniel Crausaz rejette, à l'instar de ses confrères de la défense, toute idée de manipulation.

D'ailleurs, précisera Me Diserens, dans le langage BCV, «gommer» ne veut pas dire effacer mais corriger. Et d'ailleurs, effacer n'est pas cacher. Donc, lorsqu'on lit qu'il fallait «gommer» le besoin en provisions, il ne faut pas penser à mal. Tout au contraire.

A l'analyse de texte va succéder celle des chiffres. Personne, soutient Me Diserens, ne peut dire a posteriori quelles devaient être les provisions lors des exercices litigieux. Il est donc tout aussi impossible de soutenir que celles qui ont été constituées n'étaient pas les bonnes. Enfin, la défense écarte aussi le reproche de «l'omertà». La Commission fédérale des banques était avisée des méthodes utilisées par ATAG. Quant à la rétention de certaines informations par les dirigeants de la BCV, celle-ci relevait d'une saine prudence face à «un Conseil d'administration pléthorique et politisé».

La défense dispose encore de deux jours pour convaincre que les accusés «sont les seuls qui ont perdu quelque chose dans cette affaire». Et qu'une condamnation aurait, selon le mot de Me Christian Favre, quelque chose «d'insupportable».