Elle est la mémoire vivante du Servette FC mais elle préférerait tout oublier. Surtout la dernière année, «la pire» de sa vie. Cette comptable, «âme du club» comme dira Me François Canonica au nom des joueurs, s'est exprimée mercredi au procès sur la gestion très peu conventionnelle de Marc Roger et ses acolytes.

Durant les quinze ans passés à s'occuper de la paperasse, elle a eu le loisir de comparer le fonctionnement des différents dirigeants. Dans son esprit, pas de doute. Patrick Trottignon, l'homme de Canal+, était un grand professionnel. Avec lui, «c'était carrément autre chose». Les factures des fournisseurs étaient visées, les bulletins de commande vérifiés, les finances discutées au quotidien. Les belles années, en somme.

De la présidence de Christian Luscher, la comptable garde un souvenir plus mitigé. C'était déjà un peu plus le désordre. Après -avec Marc Roger, Olivier Maus et Marguerite Fauconnet aux commandes -, c'est devenu «l'anarchie totale». A ses yeux, le Français n'avait pas le comportement d'un président. Il ne venait pas aux entraînements, ne parlait jamais des comptes avec ses employés, ne prenait la peine de signer que ce qu'on lui présentait. Les contrats prévoyant les droits à l'image pour les joueurs n'étaient même pas fournis à la comptabilité.

Le travail s'accumulait et les employés devaient organiser eux-mêmes des séances pour faire le point. Olivier Maus, lui, s'est bien déplacé pour quelques-unes de ces réunions. La comptable confirme que l'ancien administrateur, accusé de gestion fautive aux côtés de Marc Roger, déployait surtout son activité dans le marketing. Quant à l'avocate Marguerite Fauconnet, secrétaire hors conseil du Servette FC accusée d'avoir confectionné un faux bilan laissant miroiter l'assainissement, elle faisait le voyage de Paris chaque semaine pour répondre aux questions. Quand elle le pouvait et surtout si elle le voulait. Sur le plan humain, la comptable parle aussi d'un climat invivable. La surcharge du personnel et son désarroi semblaient être le dernier souci de Marc Roger. Lorsque son épouse passait dans les bureaux, «elle ne disait même pas bonjour».

Une autre employée de la comptabilité est venue dire son amertume. Celle-ci occupait un mi-temps comme assistante et touchait un tout petit salaire. Au début de l'été 2004, Marc Roger l'a convoquée dans son bureau pour lui signifier un licenciement motivé par le besoin de faire des économies. Alors qu'au même moment, les frais de voyage et autres charges du club devenaient tout simplement astronomiques. Cette explosion des coûts sera justement abordée ce jeudi lors de l'audition de l'expert judiciaire.