Elle est au bord de l'effondrement psychique et s'en veut toujours autant de l'avoir laissé partir à cette course d'école. Elle, c'est la maman du jeune Cédric, qui s'est noyé dans les eaux de l'Ardèche un après-midi de septembre 2004. Un sentiment de culpabilité que ne semblent pas partager l'enseignant responsable de cette classe du collège secondaire de Montreux-Ouest, ni le maître d'éducation physique. Tous deux doivent répondre d'homicide par négligence devant le Tribunal correctionnel de l'Est vaudois pour avoir fait preuve d'une vigilance toute relative et omis de respecter certaines directives.

Test controversé

Après un premier acte suivi d'une longue suspension destinée à permettre à la défense de se préparer à l'aggravation des charges (LT du 30.01.2008), le procès a repris mardi à Vevey. Interrogé le premier, le maître de sport n'en démord pas: «J'estime encore aujourd'hui que Cédric avait le niveau nécessaire pour participer à ce camp et à une descente en canoë-kayak avec un gilet de sauvetage.» Ses copains l'ont pourtant décrit comme un mauvais nageur et le garçon, 15 ans, avait surtout échoué à l'un des deux tests d'aptitude nécessaires pour les activités nautiques: celui des 15 mètres en apnée. Trois autres de ses camarades et toutes les filles présentes à cette course étaient dans le même cas.

De ce test d'apnée, le maître de sport ne pense pas grand bien. «Une directive peu claire, qui ne révèle pas grand-chose du niveau de l'élève.» De plus, celui-ci n'est exigé que pour certaines activités sportives et pas pour une simple baignade. Or, les 16 adolescents de cette classe ne toucheront pas de canoë ce jour-là. Le drame est survenu dès leur arrivée dans ce cadre idyllique du Pont d'Arc, où toutes les consignes sur les dangers de la baignade en rivière se sont vite évaporées.

Normes révisées

Au moment du drame, les normes de sécurité étaient en cours de révision au niveau cantonal. Entendu comme témoin, le chef du Service d'éducation physique et du sport a précisé que l'accompagnateur doit désormais être au bénéfice d'un brevet de sauvetage.

On en était très loin lors de ce mortel périple. L'enseignant responsable, pourtant décrit comme «un perfectionniste», «un forçat du travail» et un modèle à suivre pour tous ses collègues, n'était en fait accompagné que par un chauffeur professionnel qui n'aimait pas l'eau. Son second équipier avait déclaré forfait quelque temps auparavant. Cela ne l'a pas empêché de partir avec ces jeunes dont il avait entendu dire, certes de manière imprécise, que certains ne maîtrisaient pas bien la natation.

Après moult péripéties et retards sur l'horaire, l'enseignant a décidé de ne pas faire de canoë ce premier jour et de reporter cette activité -tout en renonçant à la présence d'un guide professionnel- au lendemain.

Photos souvenirs

Les jeunes ont alors été autorisés à se baigner. Il était passé 18h et la journée avait été longue. «Je leur ai dit de faire attention et de ne pas s'éloigner», explique l'accusé. Plusieurs élèves, dont Cédric, ont pourtant traversé la rivière pour se rendre sur l'autre rive. Pourquoi n'avoir rien fait pour les ramener? «L'endroit paraissait paisible, je n'ai pas senti de danger.»

En fait, l'enseignant, qui n'avait même pas revêtu de maillot, était en train de prendre des photos lorsque l'enfant, emporté par le courant, a coulé au milieu de l'Ardèche. Il assure pourtant n'avoir jamais relâché sa surveillance. «Pourquoi avez-vous mis si longtemps à réagir si vous étiez en train de les regarder?» A cette question du président Philippe Goermer, l'intéressé répond: «Lorsque j'ai entendu les élèves crier, j'ai cru à une plaisanterie.»

Trop loin pour pouvoir intervenir efficacement, le maître a couru avant de se jeter à l'eau. Il faudra toutefois attendre l'arrivée des secours et deux heures de recherches pour retrouver le corps du garçon. «Il aurait dû rassembler tous ses élèves dans un même secteur», a estimé pour sa part le lieutenant de la gendarmerie française qui est intervenu sur les lieux. Selon ce dernier, l'endroit n'est pas particulièrement dangereux. «Mais cela reste un cours d'eau vivant qui demande une attention particulière. Si le maître avait surveillé correctement, il n'aurait pas pensé à une plaisanterie.» La mort de Cédric a-t-elle été causée par cette série d'imprévoyances? Les juges le diront ce vendredi.