Il n'a pas souhaité faire le voyage mais sa voix a tout de même résonné hier dans la salle d'audience du Tribunal de police de Genève. L'audition des écoutes téléphoniques, ou plutôt de certains morceaux choisis, a révélé anxiété, marchandage et petits chantages. D'un côté de la ligne, il y avait celle qui se faisait appeler Maïté, ex-prostituée de luxe, maquerelle et transporteuse de drogue à ses heures, accusée aujourd'hui de moult turpitudes. De l'autre, le grand absent de ce procès dont c'est le deuxième acte (LT du 30.09.2008), le producteur français Thomas Langmann, à qui l'on doit Astérix aux Jeux olympiques. Plongée dans un univers où tous les coups bas semblent permis.

Les commandes

Les conversations enregistrées remontent justement à l'époque où le producteur tournait son film à Alicante. On l'entend demander à Maïté de lui trouver de l'héroïne. «Meilleure que la dernière fois.» De venir aussi si possible avec une copine. «J'aimerais bien la blonde, celle qui a une grosse bouche.» Pour recevoir ces extras au plus vite, Thomas Langmann se dit prêt à faire décoller un jet privé qui lui coûtera la bagatelle de 15000 euros.

Au fils des écoutes, la tension monte entre les protagonistes. Le producteur reproche à Maïté d'avoir abusé de sa carte de crédit, la seconde lui réclame des arriérés pour les prestations sexuelles fournies. Une connaissance appelle aussi pour proposer d'apaiser ce climat. L'escort lui indique qu'elle va «déjeuner» ce jour avec Alain Delon, qui a joué dans le film de Langmann et qui s'est dit aussi trop occupé pour venir témoigner. L'interlocuteur répond à Maïté une chose aussi élégante que «dis-lui du bien de moi avant de lui faire une pipe».

Double vie dévoilée

En chair et en os celui-là, un autre client malheureux est venu dire à quel point cette «séductrice hors pair» adorait l'argent. «Et surtout celui des autres.» Après avoir consenti à lui payer des factures en contrepartie de leur relation épisodique, cet homme d'affaires s'est peu à peu effrayé des proportions que prenait l'appétit de Maïté pour les manteaux de fourrure et autres articles de luxe. Il n'a pas osé, dit-il, rompre de manière frontale avec cette belle femme qui pouvait «se montrer dangereuse».

Il a finalement décidé de porter plainte en constatant qu'elle avait fait une razzia à l'aide du numéro de sa carte de crédit. Et, bien pire encore, qu'elle avait appelé son épouse pour dévoiler sa double vie. «Vous êtes mal placé pour donner des leçons de morale», a fait remarquer Me Jacques Barillon, défenseur de Maïté, à l'attention de celui qui a finalement retiré sa plainte par gain de paix mais qui peine toujours à retrouver la confiance de sa femme.

L'esprit de vengeance

Maïté conteste avoir escroqué ses clients, poussé des jeunes filles dans la prostitution et fréquenté des trafiquants de drogue. En substance, cette femme de 37 ans affirme avoir souffert de sa trop grande philanthropie. «J'avais un très bon carnet d'adresses.» Elle assure que les autres filles se servaient d'elle pour dénicher un homme fortuné et ses clients espéraient des faveurs toujours plus extravagantes qu'elle n'était pas forcément prête à accorder. Aujourd'hui, ce sont justement ces ingrats-là qui l'accuseraient par esprit de vengeance.

Le fauteuil du Ministère public resté vide, les parties civiles ayant déserté, l'accusée a eu toute latitude pour développer cette histoire. Paradoxalement, son seul contradicteur a été un coaccusé. Cet ex-avocat genevois, poursuivi pour avoir rédigé une missive dénonçant faussement Thomas Langmann au procureur de la République française et participé à l'achat de l'héroïne, affirme n'avoir été «qu'un scribe» et un chauffeur passif au service de cette cliente pas comme les autres. De quoi faire rugir d'indignation Maïté et plonger les débats dans la confusion la plus totale.

Reconvertie dans les relations publiques depuis sa sortie de prison, l'accusée n'a pas que des ennemis. Son nouveau patron, un homme d'affaires actif dans la prospection minière, est venu expliquer qu'il était très satisfait des performances et de l'énergie déployée par Maïté. Dans son pays d'origine, la Guinée-Bissau, cette dernière, qui dit entretenir des liens étroits avec le pouvoir et parler sept langues, aurait même réussi des exploits.

Pour ce travail, effectué depuis chez elle, Maïté reçoit une somme de 10000 francs par mois ainsi qu'une participation aux bénéfices. Elle-même prétend avoir tourné la page de la prostitution sans regret aucun.

Le Tribunal dira ultérieurement si elle peut aussi tourner la page de ses mésaventures judiciaires. Sa défense et celle du coaccusé, assurée par Me Yaël Hayat, ont demandé aux juges de ne rien retenir - ou très peu - de cette série d'accusations inconsistantes proférées par des personnes tout aussi peu recommandables.