«Je faisais confiance à Marc Roger. J'ai peut-être été un peu naïf.» Olivier Maus, accusé de gestion fautive en sa qualité de vice-président du Servette FC au moment de l'ultime fuite en avant, s'est expliqué jeudi face aux jurés de la Cour correctionnelle. En substance, l'héritier du groupe Manor invoque tour à tour l'ignorance et l'optimisme pour justifier son attentisme à l'heure où tous les clignotants étaient au rouge.

De son attachement pour le club, personne ne semble vraiment douter. Depuis l'âge de 25 ans, l'intéressé a été un proche du Servette FC, quitte à froisser ses associés de Maus Frères, qui ne voyaient pas d'un très bon œil cet engagement. «C'est un secret de polichinelle», dira à la barre des témoins l'avocat Jean-Charles Roguet, autre personnalité au long passé servettien.

Le retour

Après avoir pris ses distances en 2002, lors de la présidence de Christian Luscher et la reprise par des investisseurs locaux - «Je pensais qu'ils allaient droit dans un mur» -, Olivier Maus est revenu aux affaires avec l'arrivée de Marc Roger. «Le courant est passé.»

A cette époque, il avait pourtant bien d'autres soucis en tête. En janvier 2004, les médecins avaient déclaré son fils de 14 ans atteint d'un mal incurable et il s'était envolé à New York pour réussir à le sauver. «Je revenais à Genève de temps en temps mais j'avais la tête ailleurs.»

Le projet de Marc Roger? Olivier Maus pensait qu'il était bon. Il s'agissait de créer un centre de formation performant et d'utiliser le Servette FC comme vitrine pour mettre en avant les talents des joueurs afin de réaliser de juteux transferts qui apporteraient les liquidités nécessaires. Pour participer à ce défi, Olivier Maus avait, dit-il, mis une condition. Pas par écrit mais au moins dans sa tête. «Je ne voulais pas reprendre une société en déconfiture.»

Les dépenses

Le bilan controversé d'avril 2004, il n'y a pas participé. Mais il y a cru. Il n'est pas le seul. Cosignés par Marc Roger, Marguerite Fauconnet mais aussi Christian Luscher et Olivier Carrard, ces comptes ont convaincu la commission de recours de la Swiss Football League d'octroyer la licence avec un petit bémol et le juge de prononcer la sortie du surendettement.

Ce volet n'est d'ailleurs pas reproché à Olivier Maus. L'acte d'accusation retient à son encontre une cogestion chaotique et parsemée de dépenses astronomiques. C'est dans sa demeure que Christian Karembeu a signé un contrat mirobolant à hauteur de 3 millions sur trois ans.

Et le président Jacques Delieutraz de demander: «Engager un joueur qui va coûter 80000 francs par mois au club, n'était-ce pas délirant?» Non, assure Olivier Maus. L'image de l'ancien champion du monde pouvait rapporter gros, et les rentrées espérées par Marc Roger, l'as du transfert, ne lui semblaient pas irréalistes. «Il fallait mettre la machine en marche», ajoute Olivier Maus. A l'automne, constatant sans doute que celle-ci était durablement grippée, il a préféré démissionner.

Le fantôme

Témoin peu attendu de cette journée, l'ancien président du Real Madrid, Lorenzo Sanz, a effectivement brillé par son absence. Celui qui entendait devenir l'associé de Marc Roger, qui avait signé des effets de change à hauteur de 5 millions d'euros et que le Parquet présente comme la victime d'une escroquerie, a fait savoir par téléphone et par un tiers qu'il était malade. Cela à la toute dernière minute.

Bien présent et longuement entendu, l'expert judiciaire mandaté pour examiner les comptes du Servette et de la holding de Marc Roger a expliqué que tous les moyens comptables avaient été trouvés pour sortir du surendettement et cela en violation des principes de périodicité et de prudence.

Des principes qui ne semblent pas avoir été appliqués avec plus de rigueur sous l'ancienne administration. Celle-ci aurait dû, à ses yeux, déposer un avis de surendettement début 2003 déjà au lieu d'attendre la fin de cette même année.

Pour l'expert, le bilan querellé d'avril 2004 et ses 15 millions de francs de produits extraordinaires ne donnaient pas une image fidèle et sincère de la réalité comptable. Cet assainissement sur papier, doublé d'une explosion des charges et d'un budget trop optimiste des nouveaux dirigeants, ne pouvait mener qu'à la catastrophe. Même si Lorenzo Sanz avait honoré tous ses engagements, l'expert doute que le club ait pu poursuivre sur cette coûteuse lancée. Un pari que Marc Roger devra défendre aujourd'hui à l'heure de son interrogatoire.