«Des raisons dérisoires et égoïstes.» C'est ainsi que, lundi devant le Tribunal d'Hérens-Conthey, la procureure Liliane Bruttin-Mottiez a interprété les gestes fous commis par Cathelyne B. le 20 septembre 2002, et réclamé la réclusion à vie.

Infirmière de formation, âgée alors de 38 ans, Cathelyne B., mère de quatre enfants, s'était retrouvée en proie, selon ses proches, à une dépression et une solitude psychologique de plus en plus marquée, aggravée par une situation financière précaire. Son mari, affairiste «grillé en Valais», tentait de se refaire une vie au Vietnam.

Le 20 septembre 2002, Cathelyne B. noie son plus jeune fils, âgé de 5 ans, dans son bain, puis quitte sa villa de Chamoson avec les trois autres enfants. A Riddes, elle jette au Rhône l'aîné de 13 ans et la deuxième fillette, 10 ans. Cette dernière ne sera retrouvée qu'une heure plus tard, transie sur la berge. Le garçon, lui, réussit à ressortir des flots et à rejoindre sa mère. S'ensuit alors une folle course qui se termine à Bex, où Cathelyne tente de se tuer en compagnie du garçon et de la première des filles, âgée de 12 ans, en précipitant sa voiture contre une station-service. Du crash, tous ressortent indemnes, ou à peu près.

Le juge d'instruction de Lavallaz rendait début 2003 une ordonnance d'inculpation pour meurtre et délit manqué de meurtre, une qualification passible d'un minimum de cinq ans d'emprisonnement. Le Ministère public, par Liliane Bruttin-Mottiez, retenait plutôt l'assassinat et le délit manqué d'assassinat, passible d'un minimum de dix ans de réclusion, et qui présuppose la préméditation. L'avocat de Cathelyne B., Jean-Luc Addor, s'en était offusqué, estimant que la procureure méconnaissait «le désarroi profond de cette femme au moment des faits». Pour Jean-Luc Addor, les seules raisons de tels actes ne pouvaient être que «le désespoir et l'amour». Une expertise psychiatrique a pourtant conclu à la «froide détermination» de l'accusée.

Quelle responsabilité?

Une deuxième expertise initiée par Jean-Luc Addor conclut au contraire à une responsabilité fortement diminuée. Jean-Luc Addor a ainsi décrit hier une Cathelyne B. «délaissée par son mari et assaillie par les créanciers», et plaidé le crime passionnel. Liliane Bruttin-Mottiez a estimé, au contraire, que la thèse de la dépression ou de la démence était infondée et que Cathelyne B. n'avait «accordé aucun prix à la vie de ses enfants». Quant au mari, il n'a pas daigné revenir du Vietnam pour témoigner, annonçant «vouloir tourner la page». Vous avez dit égoïste et dérisoire?