«Un malade, un paumé, un blessé de l'amour.» Pour défendre G., Me Yves Burnand est allé chercher ses mots dans le livre de Plume. Elle ne s'était pas trompée en imaginant la personnalité de son agresseur. Tous s'accordent sur ce point. Mais l'unanimité s'arrête là. Le jeune homme s'est-il rendu coupable d'un crime manqué d'assassinat en abusant de ce corps inerte dont il aurait fracassé la tête au rythme de son désir insatisfait? Le procureur général Jean-Marc Schwenter en est convaincu: «C'était 36 kilos de vulnérabilité totale contre et sous le double de sauvagerie à l'état pur.» Une affaire que le Ministère public place au sommet de l'ignominie et pour laquelle il aurait requis la perpétuité si G. avait été pleinement responsable.

«Cynisme»

«Il a tout fait pour la tuer mais elle n'est pas morte.» Me Odile Pelet, l'avocate de Plume, relève que cette dernière n'a eu la vie sauve que grâce à la rapidité et à l'efficacité des secours. Un miracle au regard des deux lésions potentiellement fatales. Et de rappeler une déclaration de l'accusé faite au psychiatre: «J'ai erré en tentant de me rassurer, en imaginant que cette prostituée n'était pas morte.» C'est bien la preuve qu'il a envisagé ce résultat. Une analyse que partage le procureur général en reconstituant le scénario de ce «film d'horreur».

Pour le magistrat, il est impensable que Plume ait frappé la première avec son parapluie. Elle a assurément été attaquée et pas seulement avec «une baffe légèrement forte» comme le soutient le prévenu. Enfin, Jean-Marc Schwenter décrit comme «le sommet de l'ignominie» le fait que G. ait encore eu le cynisme de reprendre dans le sac de sa victime les 30 misérables francs qu'il lui avait payés pour une passe au rabais. Cela montre bien qu'il n'était pas aussi perturbé, a-t-il ajouté. De ce sale gamin devenu une mauvaise brute, selon les mots de l'accusation, Me Burnand a dépeint un tout autre profil. Pour la défense, cet aboutissement tragique est le reflet d'une perte de contrôle de sa vie et non pas l'expression d'une nature criminelle. G. n'avait pas l'intention de massacrer Plume. Dans l'état extrêmement délabré qui était le sien, il a donné une gifle qui a sans doute provoqué la paralysie de sa victime. Pour la suite, la défense se borne à parler de «confusion et de détresse».

Que faire de ce garçon qui, pour la première fois jeudi, a montré des signes d'émotion tout en se prenant la tête comme pour ne plus entendre? L'expert psychiatre ayant conclu à une responsabilité fortement diminuée, le procureur général a estimé, non sans regret, qu'une peine de 6 ans était le maximum qu'il pouvait requérir. Soit le quart d'une perpétuité évaluée à 24 ans de détention. «C'est dérisoire», a conclu le magistrat en sollicitant une mesure d'internement pour «rétablir le sentiment de justice et mettre l'intéressé hors d'état de nuire». Un internement auquel s'est opposée la défense au nom de l'espoir et du sens. Le jugement sera rendu le 31 mars prochain.