Avec ses 19 ans, il était le seul majeur d'une bande de cinq garçons qui avait abusé de deux adolescentes dans un terrain vague de Renens. Jugé depuis lundi par le Tribunal correctionnel de Lausanne, le jeune homme a été condamné à 5 ans et demi de réclusion ainsi qu'à payer quelque 100 000 francs à ses victimes pour le tort moral subi. «Les actes sont extrêmement graves et dénotent un mépris absolu pour l'intégrité sexuelle d'autrui. L'accusé avait parfaitement conscience de l'humiliation qu'il infligeait, il est resté sourd aux supplications et a abaissé ces jeunes filles au rang de simples choses», souligne le jugement.

Le Tribunal n'a pas eu de problèmes pour établir les faits. Après avoir longtemps dépeint ces filles comme des «stars du porno», l'accusé a reconnu à l'audience que la scène relevait plutôt d'une «véritable boucherie». C'était en 2002, le dernier soir des vacances d'été que les deux adolescentes, âgées de 14 ans, voulaient fêter à l'insu de leurs parents. Elles allaient prendre un train pour rentrer chez elles lorsqu'elles sont tombées sur cette bande venue du Valais à bord d'une voiture volée. Très rapidement la conversation a tourné à des questions de sexe et les garçons se sont montrés insistants. Les jeunes filles ont été séparées. L'une d'entre elles a été emmenée dans un parc, tenue par les mains et les jambes, violée à tour de rôle. La seconde a été contrainte à prodiguer des fellations. Les actes ont duré près de deux heures.

Pour les juges, il ne fait aucun doute que les victimes ont été mises hors d'état de résister. En les éloignant l'une de l'autre et en agissant en commun, les agresseurs ne leur ont laissé aucune échappatoire. Le Tribunal a également retenu le caractère collectif des assauts mais a écarté la circonstance aggravante de la cruauté, qui aurait impliqué la volonté d'infliger une souffrance particulière. Dans cette affaire, relève la décision, la cruauté est intégralement comprise dans la notion de délit en commun. Ces abus ont fortement perturbé les victimes. Toutes deux sont depuis en échec scolaire. Elles ont quitté Lausanne pour mettre une distance géographique avec ce souvenir. «Leur douleur est encore palpable», ajoute le Tribunal.

«Immaturité» de l'accusé?

Les juges ont enfin écarté le placement en maison d'éducation au travail au motif que l'accusé ne présente pas de développement caractériel perturbé et n'a pas vécu de situation d'abandon. «La prison représente aussi un cadre structurant où il pourra apprendre un métier et où il devra suivre un traitement psychothérapeutique», dit la Cour. La défense a annoncé un recours sur ce dernier point. «Je suis convaincu que mon client mérite cette mesure éducative», a expliqué Me Eric Stauffacher à l'issue du procès. L'avocat a également regretté que la justice n'ait pas assez pris en compte la commune immaturité de ce groupe en condamnant le plus âgé à une lourde peine alors que les quatre autres mineurs ont obtenu un sursis ou un placement. Enfin, le jugement ne dit mot du terme de «tournante» évoqué à l'occasion de cette affaire. Un phénomène qui désigne autre chose que le caractère collectif d'un viol et dont sont victimes des filles appartenant au groupe des abuseurs.