Des larmes au coin de l'œil et des sanglots dans la voix. Après la lecture détaillée du verdict du «procès des BMW de la police jurassienne» qui le blanchit, Henri-Joseph Theubet s'est précipité dans la cour du château de Porrentruy, siège du Palais de justice. Pour évacuer la tension et griller une cigarette. Celle du commandant de police réhabilité.

Le patron de la police jurassienne était au centre d'une affaire pénale qui fait grand bruit dans le Jura. Une condamnation, même mineure, aurait conduit à sa mise à l'écart. N'avait-il pas déclaré, au terme de l'audience, qu'«il faut une vie pour se construire une réputation et une seconde pour la détruire»? Et de clamer alors «ne jamais avoir trahi la république» qu'il sert depuis vingt ans.

Dans l'attente du jugement, le gouvernement jurassien avait envisagé la suspension de son commandant de police, mais y avait renoncé. Ouvrant une enquête disciplinaire, suspendue jusqu'au prononcé du verdict. Le gouvernement avait convoqué une séance d'urgence, ce vendredi matin, pour décider du sort d'Henri-Joseph Theubet. L'acquittement a généré son annulation.

«Nous nous déterminerons sur la suite à donner à l'enquête disciplinaire lors d'une prochaine séance ordinaire», confirme le ministre de la Police, Charles Juillard. Et d'ajouter: «Je verrais mal le gouvernement, qui n'avait pas suspendu le commandant lors de son inculpation, lui retirer sa confiance malgré le fait qu'il ait été blanchi.»

Coupable de négligence

Comment Henri-Joseph Theubet, dont la probité a été vantée lors du procès, a-t-il pu être impliqué dans l'affaire? Rappelons qu'entre 1996 et 2004, à quatorze reprises, le commandement de la police jurassienne a signé un faux contrat d'achat de voitures BMW, au nom de la police mais destinées à l'usage personnel de policiers (LT des 27 et 29.10.2008). Cela permettait d'obtenir un rabais de flotte «autorité» de 16%, contre 2% usuellement pour un fonctionnaire. Un système mis en place par l'ancien commandant Bernard Dula, de connivence avec le concessionnaire de la marque allemande dans le Jura. A douze reprises, Bernard Dula a signé ces faux contrats, lui-même et ses enfants profitant de neuf transactions.

Après 2002 et son départ en retraite, c'est son successeur, Henri-Joseph Theubet, qui appose sa signature au bas de deux faux contrats, pour des voitures destinées à l'ancien commandant et à un autre policier.

Pour sa défense, Henri-Joseph Theubet explique qu'il n'y a vu qu'un geste commercial. Qu'il ne savait rien du stratagème ni de la double immatriculation (pour octroyer le rabais de 16%, BMW exigeait un contrat et une immatriculation au nom de la police cantonale).

La juge Corinne Suter a cru en la bonne foi du commandant. «Il n'est pas établi qu'il ait voulu sciemment commettre un faux», a-t-elle justifié, notant qu'il n'avait aucun intérêt dans l'opération.

Corinne Suter a toutefois reproché à Henri-Joseph Theubet son «manque de vigilance. Il ne pouvait pas lui échapper que quelque chose clochait.» Elle a retenu à son encontre le faux par négligence. Qui n'est pas un délit pénal et ne nécessite qu'une contravention. Qu'Henri-Joseph Theubet ne devra même pas régler, car l'infraction est prescrite.

«Même en s'appliquant à ne rien faire de faux, on peut commettre une infraction», commente après coup le commandant, dissertant sur la «fragilité humaine». Savourant son acquittement.

Lourde culpabilité pour l'ancien commandant

La montagne de l'«affaire des BMW» n'accoucherait-elle que d'une souris? L'opinion jurassienne s'en serait insurgée. Elle pourra constater que les institutions fonctionnent, puisque Corinne Suter s'est montrée sévère envers le garagiste et l'ancien commandant Dula, présentés comme les responsables du système délictueux. Elle a disséqué leur «stratagème sournois et sans scrupule, qui leur a procuré, aux deux, des avantages. On aurait pu attendre qu'ils fassent profil bas.»

Ce qu'ils n'ont pas fait, cherchant au contraire à charger Henri-Joseph Theubet et le ministre Philippe Receveur, à l'époque patron de l'office d'immatriculation. «J'avais espéré que Bernard Dula ait le courage et l'élégance d'admettre ses actes», commente Henri-Joseph Theubet, ajoutant: «Il y a ceux qui assument et les autres.»

Plutôt que l'escroquerie plaidée par le procureur, la juge a retenu une prévention plus lourde, la corruption passive à l'encontre de Bernard Dula, et la corruption active pour le garagiste. Tous deux condamnés à 360 jours-amendes avec sursis, le jour-amende étant fixé à 135 et 165 francs. Ainsi qu'à une amende de 8000 francs. Ils interjetteront appel.

Même si ses réquisitions n'ont pas été entièrement retenues, le procureur Yves Maître dit «s'accommoder globalement du jugement».

La morale

Elle a beau affirmer qu'elle a prononcé un jugement «en toute objectivité et en conscience professionnelle» - ce qu'elle a effectivement fait - la juge Corinne Suter a également rendu un verdict éminemment politique. Concluant son exposé par ce qu'elle a appelé un «épilogue». En fait, une morale.

«Il n'est pas acceptable d'affirmer que cette affaire n'a lésé personne, dit-elle. Elle a mis à mal la confiance de la collectivité dans l'honnêteté de la fonction publique.» Et d'espérer que son jugement apaisera une opinion jurassienne très remontée.

Le ministre Charles Juillard est soulagé. Lui aussi en appelle à l'apaisement. «Je suis satisfait que cette affaire, qui a terni l'image de la police et du Jura, soit derrière. Qu'on n'en parle plus. Qu'on passe à autre chose et qu'on aille de l'avant.»