«Il vous faudra de l'indépendance et du courage -encore un peu plus que d'habitude- pour aller à contre-courant et prononcer un acquittement.» C'est sur cet appel à une justice au-dessus des pressions et des préjugés, exprimé par Me Jacques Michod, que s'est conclu ce procès hors norme. Les six anciens dirigeants et réviseurs de la Banque Cantonale Vaudoise sauront le 29 février prochain si leurs protestations de bonne foi ont été entendues.

Pas de répliques du côté des parties civiles et de l'accusation. Rien non plus du côté des accusés qui avaient la parole en dernier. Après cinq intenses semaines de débats, tout le monde semblait soulagé d'en finir enfin. Avant que le président Philippe Colelough ne lève l'audience - les délibérations des trois juges commenceront lundi prochain- deux défenseurs se sont encore exprimés.

Me Philippe Richard, d'abord, pour plaider l'acquittement d'un Jacques Treyvaud présenté comme le sauveur de la BCV. Si l'ancien président du conseil d'administration avait perdu son sang-froid en recevant certains calculs effrayants ou certaines notes - certes émanant d'employés subalternes - faisant état de falsification des comptes, il aurait provoqué un vent de panique qui aurait véritablement causé la perte de la BCV.

En ne donnant pas dans l'agitation, Jacques Treyvaud a fait preuve d'un sens des responsabilités, a encore souligné son avocat. On ne peut donc pas lui reprocher d'avoir tardé à réagir ou manqué de diligence. Quant à la transparence vis-à-vis des autres membres du comité de banque, Me Richard assure qu'elle a été totale. «Ce n'est pas de sa faute si ces personnes ne prenaient pas le temps de lire les dossiers.»

Bourru mais modeste

Un homme franc, direct, un peu bourru, certes, mais qui a su rester simple malgré sa brillante carrière. C'est ainsi que Me Michod a dépeint un Gilbert Duchoud sensible, «aux antipodes de ce menteur et manipulateur» qu'on a pu présenter.

En 1997, a ajouté Me Michod, le patron de la BCV a dû gérer une crise née de la maladie du responsable de la Division Commerciale. L'état des risques modifié? «Il y a eu un problème de cohérence des chiffres. L'écart était une simple question arithmétique», souligne Me Michod. Tout en assurant que la baisse du taux de capitalisation décidée avait bien un fondement économique et que les garanties activées pour faire coller les chiffres étaient bien réelles.

D'ailleurs, précise encore le défenseur, il s'agissait du premier bouclement de Gilbert Duchoud, nommé à la tête de la Direction générale le 1er janvier 1996. «S'il avait eu le sentiment que la BCV était en péril, c'était l'année ou jamais pour lui de le faire savoir. Il était intouchable à cette date.»

Quant aux enveloppes annuelles remises par Gilbert Duchoud à lui-même et à trois autres dirigeants, celles-ci n'avaient d'autre but que de les motiver à s'engager pour le développement des affaires en Asie et de payer les faux frais. En toute confidentialité mais sans aucune malignité. C'est de cette droiture que le banquier déchu espère avoir convaincu les juges.