Il a parfois la franchise désarmante. La comptabilité du Servette FC? «Je ne sais pas lire un bilan, c'est vrai.» Les contrats déposés dans son coffre? «Les droits d'image, c'est du black. Tous les joueurs le savent.» Fidèle à sa réputation, Marc Roger s'est montré intarissable à l'heure de son interrogatoire devant la Cour correctionnelle. Emporté, confus et ému aussi.

Marc Roger ne laisse personne indifférent. Certains ont gardé de l'ancien patron du Servette FC le souvenir d'un dirigeant désordonné, distant, méprisant, et peu compétent. D'autres sont venus louer sa générosité, sa gentillesse, sa capacité à s'occuper de la carrière des jeunes joueurs et sa réelle passion pour le football. Rongeant son crayon d'impatience depuis le début de son procès, le Français a dû attendre la fin de la journée de vendredi pour s'expliquer. Avant lui, son ex-associé Olivier Maus et surtout son avocate parisienne Marguerite Fauconnet, tous deux poursuivis dans le cadre de la débâcle, ont eu l'occasion de montrer également un sacré tempérament.

La précipitation

Elle n'avait soufflé mot jusqu'ici. Marguerite Fauconnet, accusée de faux dans les titres pour avoir participé à la confection d'un bilan comptable destiné à permettre au club de participer à la saison 2004 et à tromper le juge de la faillite, s'est rattrapée lors de son interrogatoire. Cette avocate, spécialisée dans le droit des affaires, a raconté sa rencontre fortuite avec Marc Roger en 1993 alors qu'elle gravitait dans le monde des transferts. Désireux de quitter son activité d'agent de joueurs pour se sédentariser en reprenant un club, le Français avait jeté son dévolu sur le Servette FC en 2002, sans succès, avant de revenir à la charge fin 2003. «Nos interlocuteurs genevois n'étaient ni très sérieux, ni très organisés. On nous tenait en haleine sans rien nous fournir de sérieux», précise-t-elle.

En janvier 2004, les choses se sont précipitées. N'ayant trouvé aucun autre sauveur pour sortir le club de sa faillite annoncée, les futurs anciens administrateurs sont revenus vers Marc Roger. «Je n'ai eu que très peu de temps pour étudier l'état du bilan, des dettes et des prévisions», ajoute l'intéressée. La cession des actions s'est tout de même faite fin février car le Français y tenait et y croyait. «Marc Roger est un enthousiaste et son projet a séduit tout le monde», constate Marguerite Fauconnet.

Le bazar

L'avocate parisienne, véritable cerveau des montages financiers querellés? Présentée par l'ex-président Christian Luscher, comme une technicienne hors pair, maîtrisant parfaitement les chiffres, l'accusée a déclaré se méfier grandement de ce genre de compliment. En fait, elle affirme que la comptabilité, cela n'a jamais été son fort. Le bilan soi-disant embelli par ses soins? «C'était un travail collectif.» Contestant avec vigueur avoir joué un rôle dirigeant dans le club, Marguerite Fauconnet souligne avoir passé son temps à étudier les contrats en cours et les contentieux en souffrance. «Je n'avais jamais vu un tel bazar», se rappelle-elle en évoquant l'héritage laissé par l'ancienne administration.

Olivier Maus, lui aussi, ne semble avoir aucune prétention en matière comptable malgré son diplôme fédéral de commerce et ses multiples conseils d'administration. L'héritier du groupe Manor, interrogé par le bâtonnier Jean-François Ducrest, conseil de Christian Karembeu, s'est d'ailleurs refusé à toute précision sur ses activités professionnelles. Quant à savoir pourquoi ce servettien de toujours n'a pas tendu la main aux joueurs lorsque les salaires n'étaient plus versés, Olivier Maus a déclaré: «Ce n'était pas mon problème.»

La malchance

«Je n'en veux à personne», assure de son côté Marc Roger, en accusant pourtant certains témoins d'avoir menti et en reprochant à l'un des avocats des parties civiles d'être le responsable de tous ses malheurs judiciaires. «Il fallait taper sur Roger pour pouvoir ensuite vider les poches d'Olivier Maus», répète-t-il depuis fort longtemps déjà. L'autocritique n'est pas son fort. Le président Jacques Delieutraz a brièvement tenté l'exercice: «En payant un franc, vous ne pensiez tout de même pas recevoir une Rolls?», ou encore: «Ne voulez-vous pas avoir l'humilité de reconnaître que votre projet pouvait tout aussi bien se casser la figure?» Marc Roger reconnaît avoir su que la situation était difficile mais son échec, assure-t-il, n'est pas dû à son irresponsabilité managériale mais bien à un très malheureux concours de circonstances ainsi qu'à des promesses non tenues.

Comment voit-il son avenir? Après 22 mois de détention préventive, il dit n'avoir plus goût au football et envisage de s'investir dans la défense des droits de l'homme. Le procès reprend lundi avec les plaidoiries.