«La justice n'est pas là pour dégouliner de bons sentiments.» La procureure du Valais central a d'emblée donné le ton lors du procès en appel de la mère qui avait tué son cadet et tenté d'entraîner ses trois autres enfants dans un suicide élargi. Le Ministère public a demandé que la peine de 18 ans de réclusion soit confirmée à l'encontre de cette femme «diabolique» que rien n'a fait vaciller dans sa terrifiante randonnée.

Incompréhension

L'accusée de ce qui est désormais convenu d'appeler le drame de Chamoson a comparu lundi en audience publique. La demande de huis clos formulée par la curatrice des enfants a été rejetée par le Tribunal cantonal en vertu d'un intérêt public prépondérant. Le premier procès de novembre 2004 s'était tenu à l'abri des regards et le jugement très sévère avait suscité passablement d'incompréhension dans l'opinion publique.

Les portes se sont ouvertes mais les concessions se sont arrêtées là. Les juges ont refusé toutes les demandes tendant à faire entendre des témoins afin de mieux cerner les contours de ce drame. Appliquant une procédure qui réduit drastiquement l'oralité des débats, le Tribunal s'est estimé suffisamment renseigné. Le procès s'est donc limité à l'interrogatoire de la mère. Un moment particulièrement lourd d'émotion.

Agée de bientôt 42 ans, née en Belgique et issue d'une famille relativement aisée, l'accusée a raconté comment sa vie avait basculé dans l'horreur ce 20 septembre 2002. «J'étais désemparée, angoissée. Mes projets d'avoir une famille soudée se désintégraient.» Sa voix est ferme lorsqu'elle évoque son mari, celui qu'elle prenait pour son Dieu, disait une proche, et qui l'a abandonnée à son sort pour aller refaire sa vie au Vietnam.

Elle qui vivait recluse dans ce mayen de Chamoson avec ses quatre enfants, isolée, dépendante de cet époux distant, espérait toujours que les choses allaient s'arranger. «Je l'ai supplié mais il ne voyait plus son avenir avec nous.» Sournoisement s'est installée l'idée de mettre fin à ses jours. Elle ne pouvait toutefois pas se résoudre à laisser ses enfants tous seuls.

Que s'est-il passé dans sa tête lorsqu'elle est allée chercher le petit de 5 ans à l'arrêt du bus? «Je ne sais pas d'où est venu le déclic. Je me suis dit qu'on n'aurait plus jamais la famille au complet. J'ai alors fait couler un bain et la suite vous la connaissez.» La suite justement, la présidente veut l'entendre. Comment cette maman a pu noyer son enfant qui se débattait? Le récit devient trop difficile et les propos inaudibles. Oui, elle a bien séché le petit corps, l'a déposé sur son lit, lui a fait un câlin et l'a entouré de ses peluches préférées.

Comme si de rien n'était

Lorsque ses autres enfants sont arrivés, âgés de 10, 12 et 13 ans, elle a fait comme si de rien n'était jusqu'à la nuit tombée. Après dîner, elle leur a proposé une partie de cache-cache au bord du Rhône. Elle leur avait déjà demandé auparavant s'ils pensaient s'en sortir en tombant dans ce fleuve et ils avaient répondu que non. Elle a laissé un mot disant son trop plein de tristesse. «J'emmène mes enfants adorés avec moi.»

Jetés dans le courant froid et rapide, les deux aînés s'en sont sortis. Le garçon est même revenu auprès de sa mère pour la raisonner et lui assurer que personne n'en saurait rien. «Le petit était mort, j'avais déjà été trop loin pour reculer», explique-t-elle. Elle a donc continué sa route avec deux enfants à bord - le troisième a été recueilli par un promeneur - et s'est lancée à 120 km/h contre une pompe à essence. Là encore, c'est un miracle. Seul l'aîné est blessé.

Aux yeux de la procureure Liliane Bruttin Mottier, retenir l'assassinat est la seule issue crédible à ce dossier. Pour des raisons futiles, dérisoires, égoïstes, cette femme mauvaise a agi sans aucune empathie, soutient le Parquet. Et ses traits de personnalité - pauvreté d'adaptation, tendance fusionnelle - ne doivent pas être pris pour un profond désarroi.

C'est justement cet état de désespoir qu'a plaidé Me Jean-Luc Addor pour avancer la thèse du meurtre passionnel. «Son plan n'avait rien de méthodique et sa mentalité n'a rien de celle de l'assassin froid et sans scrupule», a relevé le défenseur. Et d'ajouter: «Nous n'avons pas tous le même degré de résistance face au désarroi.» Devant la Cour, la mère a regretté de n'avoir pas su se montrer assez forte.

Depuis plus de deux ans, elle n'a aucune nouvelle de ses enfants qui vivent avec leur père. «Ils pourraient m'écrire, même leur colère.» Elle recevra le jugement avant.