Dix ans de prison ferme. Sans surprise, le Tribunal pénal de la Sarine a condamné hier pour meurtre le requérant d'asile russe qui avait étranglé un homosexuel fribourgeois en septembre 2003 (LT du 19.07.2005). Après avoir bu force bières, les deux hommes s'étaient rendus dans l'appartement du second pour terminer la soirée. Au petit matin, sortant soudain de sa salle de bains complètement nu, Damien * (63 ans) fait des avances à Vladimir * (36 ans). Choqué, ce dernier le repousse, avant de lui briser la nuque. Quelques jours plus tard, il s'enfuit de Suisse, mais sera rapidement repéré à Oslo, en Norvège, d'où il est extradé.

Quinze ans de prison requis

Substitut du procureur, Raphaël Bourquin avait au préalable requis une peine de 15 ans de réclusion pour assassinat, quand bien même il n'y avait pas préméditation. «La victime était une personnalité connue en vieille ville de Fribourg. Il était calme, généreux, agréable, même quand il buvait. Son homosexualité n'avait rien d'un secret, et il n'avait jamais commis le moindre geste déplacé.»

En revanche, à ses yeux, le Russe est un être colérique, violent, passablement porté sur l'alcool, si l'on en croit divers témoignages. Ancien combattant en Tchétchénie, c'est «une machine de guerre, qui n'a pas montré le moindre signe de repentir». Son acte est «totalement disproportionné». Il tue le sexagénaire uniquement «pour lui faire payer son homosexualité». Le mobile est purement égoïste, et le crime est commis de façon particulièrement odieuse, avec détachement et froideur. «Il l'a étranglé pendant au moins une minute, jusqu'à ce qu'il brise un os sensible. Et ensuite, il a fumé une cigarette et a fini son verre de vin!»

L'accusation a ensuite stigmatisé les efforts déployés par le criminel pour camoufler son forfait: «Il a enfermé la victime dans un réduit, avant de nettoyer le sang répandu par sa blessure à la tête. Pourtant, il affirme que le sang le dégoûte, depuis la Tchétchénie.» Et de s'interroger sur une éventuelle mise en scène, la télévision et une lampe étant demeurées allumées, «comme pour faire croire qu'il y avait quelqu'un».

Meurtre passionnel?

«Attention à ne pas sombrer dans le pathos, a rétorqué la défense. Les amalgames du Ministère public ne valent pas deux kopecks.» Réfutant la thèse de l'assassinat, l'avocat Jean-Luc Maradan a plaidé le meurtre passionnel.

«Les préférences sexuelles et l'alcool sont les deux fils rouges de cette malheureuse histoire», souligne-t-il. Selon lui, la mort du sexagénaire a été occasionnée par un concours de circonstances. Les deux hommes étaient ivres morts. A un moment donné, le Russe part rejoindre son amie Tatiana *, danseuse de cabaret. Econduit en raison de son ébriété, il revient chez Damien dépité. Désireux de retourner la situation à son avantage, ce dernier tente alors sa chance.

«En le voyant sortir nu de la salle de bain, l'accusé a été la proie d'une intense émotion. Il a eu une réaction exceptionnelle, dans une situation qu'il n'a lui-même pas provoquée», plaide l'avocat. Qui réfute la froideur et la mise en scène évoquées par l'accusation: «Il a laissé la télévision et la lampe allumées car il était en état de choc. La preuve: en partant, il a oublié sa veste et ses clefs dans le studio.» Des clefs qui mettront rapidement la police sur sa piste.

A mi-chemin entre les deux versions, la Cour a tranché pour le meurtre. «L'intentionnalité est avérée. Le coupable n'a manifestement laissé aucune chance à sa victime. Par contre, il n'est pas possible de qualifier ce crime de «particulièrement odieux». L'analyse des faits (absence de préméditation, agissement sous l'emprise de l'alcool) ne permet pas de conclure à l'assassinat», a estimé le président du Tribunal, André Waeber.

* Prénoms fictifs.