C'est un criminel connu de plusieurs services judiciaires européens qui a été déféré hier devant la cour du Tribunal d'arrondissement du Nord vaudois à Yverdon. Goran*, un ressortissant serbe, comparaît comme accusé dans une affaire de brigandage à l'Espace horloger du Sentier, dans la vallée de Joux.

En ce jour de février 2006, Goran se présente à la réception de l'Espace horloger comme visiteur. Il paye son ticket, puis visite les lieux, s'assurant que personne d'autre que la réceptionniste n'occupe le bâtiment. Passé les vérifications, Goran parvient à faire sortir la réceptionniste de derrière son comptoir, la ceinture par surprise, la plaque au sol et la ligote avec de la bande adhésive.

Sur ces entrefaites, les complices de Goran entrent dans la salle d'exposition et brisent les vitrines, s'emparant de différents modèles de montres. Interrompus dans leurs pillages par l'arrivée inopinée du conservateur de l'Espace, les trois hommes s'enfuient avec un butin d'une valeur de 500000 francs.

«J'ai fait ce travail car j'avais une dette de 20000 euros envers Drago*, explique Goran pour donner les motivations de son acte. C'est un homme puissant qui a un réseau. Il m'a menacé, moi et ma famille. Si je n'avais pas obéi, il m'aurait liquidé. C'est lui qui avait tout préparé.»

La représentante du Ministère public n'a pas été convaincue par cette explication, doutant même de l'existence de Drago. «S'il est si puissant, comment se fait-il que l'accusé donne l'identité de cet homme?», s'est-elle demandé. Pour le parquet, Goran a agi en meneur, ayant au préalable pris des contacts aux Pays-Bas pour écouler le butin, qui n'a toujours pas été retrouvé. Il étaye cette thèse par les antécédents de l'accusé. Vol dans une bijouterie en Allemagne, larcins en Italie, usage d'une dizaine d'identités différentes, il a même bouté le feu à un individu qui lui devait de l'argent en Slovaquie.

Un vrai pro...

Pour la représentante du Ministère public, cette accumulation de charges démontre les activités d'un vrai professionnel. «Vu votre parcours, ce n'est pas le métier de cuisinier que vous avez, mais celui de criminel.» Elle a requis une peine de cinq ans de privation de liberté.

«Ce qu'on reproche à mon client se fonde sur des spéculations et des hypothèses», a répliqué la défense en maintenant l'implication de Drago. Goran n'aurait été dans cette affaire qu'un exécutant menacé. En outre, l'accusé n'ayant pas usé de violence, et n'ayant pas blessé la réceptionniste, la défense a plaidé pour la clémence. Goran, qui n'a guère montré d'émotions durant le procès, devra attendre cet après-midi pour connaître son sort.

* Prénoms fictifs