L'origine criminelle des fonds d'Alfred Sirven est établie, et les dirigeants de K & M Finance pouvaient se douter que cet argent sentait mauvais en raison de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Après neuf heures de délibérations, les jurés de la Cour correctionnelle ont reconnu les deux principaux accusés du procès coupables de blanchiment et faux dans les titres. L'avocat genevois a, par contre, été acquitté, tout comme l'expert-comptable. Quant à l'homme de paille grec, le verdict ne retient à son encontre qu'un faux dans les titres.

La présidente Antoinette Stalder a lu une forme succincte de la motivation qui sera développée ultérieurement dans l'arrêt. On peut toutefois déduire que c'est bien la thèse du noyau maléfique qui a été retenue à l'issue de ces deux semaines d'audience. Les deux têtes pensantes de la société de gestion, le financier irano-suisse et la directrice française, sont les seules pour qui le doute n'est pas permis. Le verdict écarte toutefois les deux circonstances aggravantes du métier et de la bande requises par le procureur général, Daniel Zappelli.

Le soulagement était visible sur le visage de l'homme de loi et ancien président du conseil d'administration de K & M. Bien que ce dernier ait agi «légèrement», le jury a estimé qu'il avait bien été trompé par le financier en qui il avait placé sa confiance de longue date. De même, il est apparu douteux que l'expert-comptable, lequel avait fait le retrait et le transfert des 46 millions à Vaduz ainsi que le voyage de Genève avec une mallette pleine de billets, disposât d'une connaissance suffisante de l'affaire pour se douter de l'origine criminelle de cet argent.

Enfin, le client grec de K & M, utilisé comme prête-nom pour cacher qu'Alfred Sirven était le réel propriétaire des fonds, a été en partie blanchi. Les jurés n'ont pas été convaincus que cet homme de paille était au courant des tenants et aboutissants de la comédie qu'on lui avait fait jouer. Par contre, l'homme d'affaires a été reconnu coupable de faux dans les titres pour avoir signé un courrier destiné à tromper la banque, qui s'inquiétait des pertes accumulées sur le compte géré par K & M. Un courrier qui le présentait comme l'ayant droit économique des fonds, approuvant la politique hautement spéculative menée sur ce compte. Une politique qui avait causé l'évaporation de 12 millions sur le marché des changes.

Vendredi, ils seront donc trois à se retrouver face à la Cour pour entendre le procureur général requérir les peines. Un travail passablement allégé par ce verdict.