«Ce dossier ressemble à une partie de poker menteur où ceux qui sont de plus mauvaise foi vont l'emporter.» C'est un Dominique Ducret fâché, ému aussi, qui a pris la parole vendredi devant le Tribunal de police. L'avocat, ancien conseiller national démocrate-chrétien et, surtout, ancien président de la Banque Cantonale de Genève, a vivement contesté avoir fomenté une quelconque magouille pour échapper au paiement d'une dette personnelle.

Dans ce premier et plus mince volet des procédures nées de la débâcle de la BCGE (LT du 10.10.2008), Dominique Ducret et Marc Fues, ex-directeur général, sont accusés de gestion déloyale qualifiée pour avoir, en 1997, laissé filer - à l'occasion de la vente d'un terrain et du transfert d'une cédule - un reliquat de quelque 156000 francs d'intérêts hypothécaires dûs par le premier en sa qualité de codébiteur aux côtés de deux promoteurs et ex-associés en faillite.

Conscience tranquille

«J'étais totalement en paix avec ma conscience», assure aujourd'hui Dominique Ducret, tout en soutenant qu'il n'a jamais pensé être encore débiteur dans cette obscure affaire où tous les calculs se transforment vite en casse-tête. Peut-être n'avait-il pas forcément raison, consent-il, mais ces possibles errements n'avaient aucun caractère pénal.

«Je suis scandalisé en lisant la feuille d'envoi du procureur général Daniel Zappelli qui invente une collusion entre Marc Fues et moi», a ajouté l'ancien président. Selon ce dernier, le directeur général ne lui aurait de toute manière jamais accordé une telle faveur et aurait sans doute mal compris toute tentative d'obtenir un avantage. «Nous n'avons jamais été des amis. Au contraire, la fusion entre les deux banques (qui a donné naissance à la BCGE en 1994) a été une période difficile et les relations entre dirigeants n'étaient pas évidentes», a encore souligné Dominique Ducret. Non sans préciser qu'il avait un profond respect pour Marc Fues qu'il tient encore, et malgré tous les tourments, pour l'un des meilleurs connaisseurs du monde bancaire au niveau cantonal.

Dérapage

«Ce dossier m'affecte beaucoup car on s'en prend à mon honorabilité», dira enfin Dominique Ducret. Une honnêteté que ne semble en tout cas pas remettre en cause Daniel Pilly, un ancien membre du comité de banque désigné alors par le Conseil municipal de la Ville de Genève. Entendu comme témoin, ce socialiste, désormais à la tête de l'enseignement secondaire post-obligatoire, se rappelle d'une réunion où il a été brièvement question de la dette de Dominique Ducret. «On était convaincu qu'il s'agissait d'une affaire anodine qui ne mettait aucunement en cause sa probité. Le président n'aurait jamais profité de sa position pour obtenir des faveurs.»

Le responsable du service juridique de la BCGE, partie civile, a une autre analyse. «Les choses ont dérapé», prétend-t-il, lorsque les cadres trop bien élevés de la banque ont été en quelque sorte poussés à abandonner ce débiteur solvable qui portait aussi la casquette de président de l'établissement. Au lieu d'intenter des poursuites ou de demander une reconnaissance de dettes, ils se sont adressés à Marc Fues avec l'issue que l'on sait.

Sur cette qualité de débiteur, justement, le Tribunal a refusé d'être éclairé par le témoignage des deux professeurs sollicités par la défense. Leurs avis de droit resteront toutefois au dossier. Quant à Marc Fues, également dans l'œil du cyclone depuis huit ans, il sera interrogé lors d'une prochaine audience qui a d'ores et déjà été fixée le 18 novembre.