Devant la justice«Je n'ai pas été surprise d'apprendre les faits. On avait des soupçons.» Au deuxième jour du procès d'un père accusé d'actes sexuels répétés sur une de ses filles adoptives, une pédopsychiatre a décrit la situation très particulière de cette famille. Quant à l'évolution des enfants, la thérapeute a parlé de «chaos et de déstructuration catastrophique».

Avant même que les pratiques incestueuses de ce quinquagénaire ne soient découvertes à l'occasion d'une sortie à la piscine (LT du 24.01.05), difficultés scolaires et surtout conflits de couple ont alerté les services sociaux. La pédopsychiatre a dénoncé la situation au Service de protection de la jeunesse, afin qu'un éducateur protège les enfants de ces tensions. Il n'était alors pas question d'actes sexuels, même si Sophie a bien évoqué ce papa qui se promenait nu et sa sœur Cécile qui dormait souvent dans son lit.

Signaux de détresse

D'autres signaux de détresse ont été lancés par les enfants. Elles s'étaient mises à voler de l'argent de manière évidente pour se faire prendre. Et Cécile, la «préférée de son papa», avait même assuré avoir assisté à la noyade d'un bébé dans un ruisseau causant l'intervention de la police. Cette invention, en forme de mise en scène d'un enfant à sauver, n'a pas été comprise. Quant à Sophie, elle laissait entendre que c'était surtout sa sœur qui avait des choses à dire.

La maman aussi se rappelle avoir recueilli des paroles qui aujourd'hui sonnent bien autrement. Alors qu'elle avait quatre ans, Cécile lui a confié que «papa lui léchait les fesses». La mère a demandé des explications à son mari qui a bien évidemment tout nié. Elle s'est ensuite convaincue que sa petite avait dû tomber sur une de ces revues pornographiques que l'homme laissait traîner chez lui.

De ces années d'abus, soigneusement répertoriés par l'accusé dans un tableau récapitulatif et détaillés dans un livre de souvenirs, la maman explique n'avoir rien vu. En fait, elle n'a jamais fait ménage commun avec cet homme qui sentait la fumée et ronflait beaucoup. Ils habitaient dans des appartements différents, elle travaillait et lui, sans grande activité, «s'occupait» de ses fillettes.

Sophie et Cécile, devenues des adolescentes, ont été profondément marquées par ces années «d'intimité interdite» comme l'écrivait leur père. La première, a expliqué la pédopsychiatre, est placée et doit être étroitement encadrée. Elle fait des fugues, s'auto-mutile, se traite comme un déchet.

Quant à Cécile, elle vit désormais avec sa mère et tente tant bien que mal de surmonter ses angoisses. «Elle a été soulagée depuis qu'elle a parlé. Même physiquement, elle a grandi et ses cheveux ont poussé. Comme si elle avait été libérée d'un poids qui l'empêchait de se développer», raconte la maman.

Bousculé par son propre avocat, l'accusé consent à une once de remords. «J'aimerais pouvoir lui demander pardon à elle. Pas ici. Cela ne sert à rien. J'aimerais en discuter avec Cécile elle-même.» Mais Cécile ne veut plus voir cet homme qu'elle n'appelle plus papa mais «l'autre». Une page s'est tournée.