La vision de deux pieds ensanglantés à travers l'entrebâillement de la porte, puis le locataire qui traîne le corps de sa compagne pour ouvrir à la police. Les agents appelés pour une dispute le 7 mai 1999 rue de la Fontenette ne s'attendaient pas à ce tableau. A leur arrivée, la victime était décédée, le crâne défoncé à coups de poing et de casserole. Son ami, un toxicomane de 41 ans, est jugé depuis hier pour meurtre par la Cour d'assises.

Le couple était lourdement dépendant des médicaments et de la drogue. L'accusé a-t-il voulu tuer sa compagne à la suite d'une dispute ou a-t-il usé de violence pour la sortir de sa torpeur? Il conteste en tout cas avoir eu l'intention de lui ôter la vie et son défenseur plaide l'homicide par négligence. Ce toxicomane était cependant connu pour plusieurs délits, et pour avoir déjà grièvement blessé une de ses précédentes compagnes en 1994.

Les habitants de l'immeuble qui ont entendu des cris et des bruits sourds ont défilé à la barre. Certains ont perçu une altercation entre les deux personnes, mais la voix de la femme se serait rapidement tue. De son côté, une voisine n'a, elle, entendu que les hurlements «désespérés» d'un homme. Tous les témoins ont été formels sur un point: le drame a duré de trente à quarante-cinq minutes, avant l'arrivée des gendarmes, qui se trouvaient sur une autre intervention.

Le toxicomane, qui avait consommé de la cocaïne la veille, ne semblait alors pas sous l'effet de produits. D'après l'expert-psychiatre, sa responsabilité n'est que modérément restreinte. Selon l'accusation, il s'est mis à califourchon sur sa compagne à moitié endormie, l'a secouée et l'a frappée au visage. Lui saisissant les cheveux, il lui a ensuite cogné la tête contre le carrelage, avant de la frapper sur le crâne à plusieurs reprises avec une casserole.

Frêle et malade, la victime avait plongé dans la drogue depuis de nombreuses années suite à la mort successive de ses deux fiancés. Son compagnon n'a pas semblé concerné par son décès. «Il l'a saisie par les pieds, pour la bouger comme un sac de farine. C'était choquant», a confié l'officier de gendarmerie. Le procès se termine aujourd'hui.