«La nationalité suisse est un enrichissement»

Lin Yan* a quitté le centre de la Chine pour venir en Suisse y mener des études à l'Université de Genève. Curieuse de découvrir l'Helvétie, elle a été rejointe par son mari et son fils quelques années plus tard. Résidant à Genève depuis dix-huit ans, Lin Yan a acquis la nationalité suisse en 2000. Pour elle qui s'est passionnée pour les sciences sociales, ses connaissances académiques sont marquées du sceau de l'Occident. Après les douze ans de délais légaux, le dépôt d'une demande de naturalisation lui est apparu naturel: «J'ai découvert l'Europe en venant ici, j'avais donc besoin de m'identifier culturellement à cet espace géographique, à ses références. Car aujourd'hui si je rentre en Chine, un pays qui a énormément changé en dix-huit ans, je n'aurais plus aucun repère.»

Ce vendredi, Lin ira comme chaque année au parc des Bastions à Genève où se tiennent les festivités de la fête nationale du 1er Août: «Je m'identifie beaucoup à la Suisse qui m'a accueillie. Cela n'a certes pas été facile, mais la Suisse est généreuse.» Au point qu'écouter l'hymne national a quelque chose d'émouvant pour elle. Il n'empêche. Pour Lin Yan, la naturalisation ne constitue pas une négation de ses origines. «Au fond, on reste Chinois, de cœur et de visage.» Un Chinois de Genève décrit d'ailleurs très bien ce sentiment: «Les Chinois qui émigrent portent toujours la Chine sur leur dos.» La nationalité suisse, elle la vit donc plutôt comme un enrichissement. «Pour un Asiatique, la nationalité suisse est très importante. Comme moyen d'intégration surtout. Elle revêt aussi un aspect pratique.» Il permet d'éviter les casse-tête permanents de demandes de visas.

Stéphane Bussard

* Nom et prénom fictifs

«Je revendique le droit d'appartenance»

Pour la première fois depuis qu'il est devenu Suisse, Raoul-Luzolo Lembwadio ne fêtera pas le 1er Août. Le conseiller communal socialiste de Boudry dans le canton de Neuchâtel – dont il est devenu le premier président de couleur en 2001, ce qui lui a valu un reportage de l'émission Temps présent – a dû anticiper son départ en vacances, parce qu'il n'y avait plus de billets pour le lendemain. «Mais des amis m'ont dit qu'il y avait peut-être quand même un petit 1er Août là où je vais en Italie.»

Arrivé du Congo en 1979 pour ses études, il a demandé la nationalité suisse en 1994 parce qu'il voulait manifester son appartenance au pays où il a désormais ses attaches. «Je voulais pleinement être Suisse, avec les droits et les devoirs que cela implique et défendre les valeurs de droit et de justice de mon nouveau pays. Je ne revendique ni le droit du sol, ni le droit du sang, mais le droit d'appartenance.» Très rapidement, Raoul-Luzolo Lembwadio s'est lancé en politique: deux ans plus tard, il est élu au Conseil communal et en 2003, il est candidat au Conseil national. Ce seul fait démontre que beaucoup de choses ont changé. «D'ailleurs, souligne le psychologue et médiateur, spécialiste des questions migratoires, on ne parle plus d'assimilation comme lorsque je suis arrivé mais plutôt d'intégration. Malgré les apparences, la Suisse reste un pays de tolérance, d'ouverture et d'accueil. On envisage même la naturalisation facilitée pour la seconde génération et la naturalisation automatique pour la troisième.»

Titus Plattner

«Nous n'avons d'autre choix que de briller»

Son frère jumeau est déjà Suisse depuis une quinzaine d'années. Thomas Kochnitzky, lui, a attendu bien plus longtemps pour demander la nationalité suisse: il a fini par l'obtenir en octobre dernier. «Petit à petit, cela s'est imposé comme une évidence. Je considère que mes racines sont en Suisse puisque j'y vis depuis que j'ai 13 ans.» Né Belge en Italie d'un père d'origine russe il y a trente-sept ans, ce père de famille travaillant dans le financement du négoce international se décrit lui-même comme un «déraciné». «Et comme le système économique et politique suisse me convenait et que mes amis vivaient ici, j'ai décidé de me faire naturaliser.» En plus, poursuit-il, le fait de vivre plus confortablement qu'un autre ne vous transforme pas immédiatement en cible. «Ici, les gens restent malgré tout assez tolérants, ont un certain sens de l'accueil et surtout un sens civique. Ce sont des choses qui peuvent sembler bêtes, mais qui sont très importantes pour moi.» «Reste qu'être Suisse, c'est tout de même un sacré défi! Surtout lorsque l'on voyage beaucoup», ironise Thomas Kochnitzky. Il pense à l'arrogance de certains banquiers suisses dans l'affaire des fonds en déshérence, aux accusations contre la Suisse sur ses relations avec l'apartheid et à la catastrophe aérienne d'Überlingen, qui font que le pays n'a pas forcément bonne presse. Pour lui, les valeurs suisses ne s'effondrent pas, même s'il estime que des erreurs ont été commises dans les années 80. «Nous ne devons pas nous endormir sur nos lauriers, estime-t-il, parce que nous sommes un petit pays, nous n'avons d'autre choix que de briller par l'excellence.»

Titus Plattner