Une tentative de compromis, puis, en cas d'échec, une rupture de collégialité. Ce scénario se dessine comme le plus probable au moment où le Conseil d'Etat vaudois doit, ce mercredi, se prononcer à nouveau sur le sort des requérants déboutés menacés de renvoi. Après la trêve de Noël, décrétée officiellement jusqu'à mi-janvier, le gouvernement ne peut plus, comme il l'a fait jusqu'à présent, concilier un discours fermement légaliste et une pratique dilatoire.

Le socialiste Pierre-Yves Maillard, fraîchement élu au gouvernement vaudois, suscite dans son camp politique et dans les milieux de l'asile de fortes attentes, avec la tentative de compromis qui lui est attribuée. Il est mieux placé que sa camarade Anne-Catherine Lyon pour œuvrer à un repositionnement du collège: nouveau, il n'a pas donné son blanc-seing à l'accord avec Christoph Blocher signé par son prédécesseur Pierre Chiffelle.

Quel compromis les socialistes recherchent-ils? Le canton devrait prendre ses distances avec l'autorité fédérale, en continuant de soutenir les requérants dont il avait soumis les dossiers à Berne pour nouvel examen et dont la plupart se sont heurtés à un nouveau rejet. Le renvoi devrait être lié à une motivation du refus. Surtout, il ne devrait pas y avoir de renvois forcés, en particulier pour les femmes isolées du Kosovo, les rescapés de Srebrenica ou les familles avec enfants scolarisés.

Sauver la face

Quel qu'il soit, le compromis devrait permettre à chacun de sauver la face, notamment à l'UDC Jean-Claude Mermoud, responsable politique du dossier. Ce dernier a accepté divers délais, mais a toujours affirmé qu'il aurait recours à la force en dernier recours. «J'espère bien qu'il brisera la collégialité s'il était minorisé», avance le député UDC Eric Bonjour. Le plus probable est toutefois que les magistrats de la gauche soient amenés à se désolidariser des renvois si le Conseil d'Etat maintient sa ligne et passe à la phase exécutoire.

A l'approche de la décision gouvernementale, la tension est partout. Les Eglises catholique et protestante organisent un jeûne de solidarité (lire ci-dessous). Autre signe de nervosité, un requérant d'asile a été arrêté mardi – avant d'être relâché – dans les locaux du Service cantonal de la population (SPOP), contrairement à un engagement du canton. Loin d'avoir démobilisé les mouvements de soutien, la politique de temporisation du Conseil d'Etat a favorisé la résistance. Les prises de position se sont multipliées, aussi chez les politiciens. Tous les syndics n'affirment pas, comme le Morgien Eric Voruz, qui défend une famille, qu'il faudra leur «passer sur le corps». Tous les conseillers nationaux ne parrainent pas, comme Yves Christen, un refuge de requérants. Mais beaucoup estiment, comme Charles Favre, que l'on ne peut pas faire abstraction dans cette affaire de la volonté cantonale.