Le conte de fées n'aura duré qu'un peu plus de six mois. Le gouvernement élu au printemps dernier, qui avait voulu placer toute son action sous le signe de la conciliation, se déchire aujourd'hui. La rupture de collégialité des socialistes, la semaine dernière, sur la plainte pénale contre les anciens responsables de la BCV, n'était qu'une escarmouche. La vraie blessure est celle que porte Charles-Louis Rochat, puisqu'elle concerne un projet majeur, le seul à ce jour qui incarne l'action du nouvel exécutif.

Il y a quelques mois, en décidant de ne rien décider et de refiler le dossier à ses successeurs, le gouvernement précédent illustrait la paralysie d'un canton dirigé par un gouvernement décrédibilisé et en fin de course. La relance du même M2 par la nouvelle équipe avait pris au contraire des allures de potion magique pour sortir du cercle infernal de la morosité. Dès lors, le métro s'est trouvé porteur d'une forte charge affective: il symbolisait un canton cherchant malgré ses difficultés à lancer de grands projets. C'est ce qui explique sans doute la forme d'union sacrée qui s'est formée en sa faveur dans le monde politique et économique.

Mais ce mirage n'aura pas résisté à la situation financière critique du canton et aux affrontements politiques qui en découlent. A nouveau, le canton est piégé par ses chiffres rouges. Dans un contexte économique qui ne laisse envisager aucune amélioration à court terme, le gouvernement a sans doute commis une grave faute politique. Il n'a pas été en mesure de présenter simultanément à ce projet majeur son programme de législature et sa planification financière. On ignore à ce stade quand et comment il entend mener à bien le redressement financier du canton. Un flou dont les adversaires anciens et nouveaux du M2 n'ont pas manqué de profiter.

Et si c'était «non» le 24 novembre? Un refus pourrait peut-être provoquer un choc psychologique forçant le canton à admettre que sa situation est vraiment grave et qu'il ne peut plus tout se payer. Autrement dit qu'il accepte de vivre désormais en accord avec sa réalité financière et non avec la croyance jusqu'ici indéracinable que rien de mauvais ne peut vraiment lui arriver. Tel était le but recherché par Charles Favre, le précédent patron des Finances, le jour où il a demandé aux Vaudois de choisir entre leur banque et leur métro. A l'époque assimilée à du chantage, cette proposition avait surtout nui à celui qui l'avait proposée.

Un refus ne serait pourtant pas sans danger. Non seulement parce qu'il tuerait ce que le M2 doit apporter de positif et de nécessaire, qu'il s'agisse de la maîtrise du trafic, de la qualité de l'air, de l'attractivité de la capitale et de conditions-cadres de l'économie. Mais parce qu'une longue période de déchirements et d'impuissance – comme sous la législature précédente – est un scénario tout aussi vraisemblable que celui de l'électrochoc. Même si l'intervention du libéral Charles-Louis Rochat s'apparente au cri d'un magistrat isolé, elle a brisé, comme celle de la semaine dernière, l'état de grâce. On doit redouter le climat dans lequel le gouvernement va devoir mener à bien, désormais, ses futurs grands actes de gouvernement, programme de législature, planification financière ou prochain budget. Si les considérations financières mises au premier plan tuent un projet contenant autant d'aspects positifs, quel autre y résistera?