Elle casse tous les codes, Patricia Danzi. Ses 100 premiers jours à la tête de la Direction du développement et de la coopération (DDC), elle les a résumés dans un sombre dépôt de la banlieue bernoise, celui de l’Aide humanitaire. En pleine crise du coronavirus, elle ne pouvait bien sûr pas convier les médias sur le terrain, là où elle est le plus à l’aise. Elle a donc tenu à rendre hommage à ceux de ses 1500 collaborateurs qui travaillent dans les coulisses.

Dur, très dur pour cette battante – qui a sillonné le monde dans son activité antérieure au service du Comité international de la Croix-Rouge – de prendre ses fonctions dans un contexte de semi-confinement. Elle a dû multiplier les visioconférences, ses plus longs voyages professionnels n’ayant pas dépassé Genève et Zoug! Dans cette administration fédérale que certains ressentent «bureaucratique et lourde», elle n’a pourtant pas été trop dépaysée: «Je me sens à l’aise, j’ai été très bien accueillie et intégrée.» Quêtant quelques conseils auprès de ses proches collaborateurs, elle raconte qu’ils lui ont soufflé à l’oreille: «Ecoute, regarde et fonce.» Patricia Danzi a dû apprécier, car elle semble avoir fait de ces trois verbes sa devise de toujours.

Loyauté envers Ignazio Cassis

Concernant cette pandémie qui risque de rester d’actualité de nombreux mois encore, elle a salué les crédits d’au total 400 millions débloqués par le Conseil fédéral. «Nous avons réagi rapidement et sans formalités excessives. La pandémie montre à quel point il est important pour la Suisse de réduire les risques mondiaux et de renforcer les systèmes de santé dans les pays en développement», insiste-t-elle.

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L’une de ses priorités sera de déployer la nouvelle stratégie de coopération internationale de la Suisse sur la base d’un crédit-cadre de 11,2 milliards pour la période 2021-2024. Le ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, l’a marquée de son empreinte. C’est lui qui a souhaité recentrer les activités de la DDC sur quatre régions: l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, l’Afrique subsaharienne, l’Asie centrale et du Sud-Est et enfin l’Europe de l’Est. C’est lui encore qui a mis l’accent sur la réduction de la migration irrégulière et sur une collaboration accrue avec l’économie privée, s’attirant d’acerbes critiques des ONG. Mais Patricia Danzi se montre d’une loyauté irréprochable à cet égard: «Je souscris totalement à cette stratégie, même si je n’étais pas encore là pour y contribuer.» Même le fait que la Suisse ne consacre que 0,45% de son revenu national brut à la coopération – alors que le but est 0,5% – ne la gêne pas outre mesure. Il est parfois préférable de travailler avec des montants fixes et de ne pas dépendre de la conjoncture économique.

Un éclat de rire en guise de réponse

En s’exprimant librement et en jonglant avec les langues avec une aisance déconcertante, Patricia Danzi détonne dans l’administration fédérale. Elle a déjà averti ses proches collaborateurs que, dans certaines capitales, elle connaissait suffisamment de gens pour qu’il n’y ait pas besoin de lui chercher un hôtel! Toutefois, cette simplicité et cet amour du contact direct ne l’empêchent pas de maîtriser la langue de bois. Interrogée à propos de l’initiative «Pour des multinationales responsables», elle répond que les citoyens suisses ont bien de la chance de disposer d’un tel instrument démocratique… Lorsqu’on lui fait remarquer qu’elle n’a pas répondu à la question, elle part d’un grand éclat de rire. «Vous avez raison», admet-elle, avouant implicitement que ce débat n’est pas pour lui déplaire.