C’est décidé. Ils ont longuement tergiversé, conscients que la bataille serait presque perdue d’avance, mais ont finalement choisi de lancer un référendum contre la révision de la loi sur l’asile adoptée en septembre par le parlement. Les Verts, la Jeunesse socialiste (JUSO), le Forum pour l’intégration des migrants, la section bernoise du Parti suisse du travail, le Mouvement de la gauche anticapitaliste, les Juristes démocrates de Suisse et le Centre social protestant font partie des organisations qui entrent dans la danse. Avec les Jeunes Verts comme chefs d’orchestre. Le conseiller national Balthasar Glättli (Verts/ZH) ne nie pas que le combat sera dur. Le Temps: Qu’est-ce qui vous a finalement décidé à lancer le référendum malgré vos hésitations?Balthasar Glättli: Les Jeunes Verts nous ont assuré qu’ils feraient le travail de lancement et de coordination. Nous les Verts avions décidé de renoncer à cette tâche et avions aussi des réserves sur le plan politique et stratégique. J’aime prendre une image guerrière: des guérilleros qui cherchent la confrontation ne vont pas prendre le risque de le faire à terrain découvert, où ils risquent d’être terrassés par une force plus puissante, mais vont rester dans les montagnes. Mais dès le moment où des forces étaient là pour lancer la campagne référendaire, la question s’est posée différemment et nous avons décidé de nous y associer. Au même titre que d’autres organisations. – Certains partent déjà très défaitistes et argumentent que vous ne ferez que donner une tribune supplémentaire à l’UDC… – C’est bien sûr une réflexion que je me suis moi-même faite. Mais l’UDC vient d’annoncer qu’elle lancera une nouvelle initiative populaire, pour imposer notamment l’idée de camps d’internement fermés. Donc si nous renoncions à lui donner l’occasion de se profiler à nouveau sur ce thème, elle l’aurait de toute façon fait elle-même. Et puis, c’est aussi une question éthique: nous devons réagir, empêcher l’UDC de détruire notre système d’asile. La gauche devrait venir avec ses propres propositions au lieu d’être toujours sur la défensive. L’idée de lancer une initiative de notre côté germe. – Vraiment? – Oui. Aucune décision n’a encore été prise, mais il faut être réaliste: je crains qu’après la campagne référendaire, qui sera difficile, l’énergie et la motivation nécessaires pour se lancer dans une nouvelle bataille manque. – Un des points les plus controversés de la révision de la loi sur l’asile, la suppression de l’aide sociale pour tous les requérants et plus seulement les déboutés, ne sera traité que lors de la session parlementaire de décembre. Pourquoi ne pas avoir attendu ce moment pour décider de lancer le référendum? – La révision qui vient d’être bouclée est pire que celle à venir. Lors de la session d’automne, l’urgence a été acceptée pour des mesures qui sont tout de suite entrées en vigueur, comme la décision de priver les déserteurs du statut de réfugié et l’abandon des demandes d’asile dans les ambassades. C’est dramatique. Je suis par ailleurs convaincu que le National ne votera plus la suppression de l’aide sociale pour tous les requérants en décembre. Même le PLR Philipp Müller, à l’origine de la proposition, a dit qu’il pourrait vivre avec le compromis du Conseil des Etats [les sénateurs ont proposé, outre les déboutés, de ne priver d’aide sociale que ceux qui se comportent mal, ndlr]. – Le président du PS, Christian Levrat, n’a jamais caché son scepticisme et dit qu’il ne soutiendra pas le référendum. Le parti ne participera pas à la récolte des signatures, affirme-t-il. Déçu? – C’est une décision du président du parti et pas des socialistes eux-mêmes. Je suis convaincu que beaucoup de monde de la base nous aidera dans la récolte des signatures. Je comprends le raisonnement politique de Christian Levrat, puisque je l’ai moi-même mené. Mais boycotter le référendum n’est pas juste. – Finalement, vous adoptez avant tout une posture de combat éthique sachant que les chances de réussite sont faibles. – Si j’avais été certain que nous aurions la moindre chance d’aboutir en votation, j’aurais été le premier à lancer le référendum! La bataille de principe doit parfois l’emporter sur les considérations tactiques. Contrairement à ce que dit l’UDC, nous ne sommes plus dans le registre de la lutte contre les abus: on s’en prend maintenant aux personnes qui obtenaient auparavant une protection de la Suisse. La suppression des demandes dans les ambassades l’illustre. Ce changement de paradigme est inquiétant.