«Nous ne pouvons pas attendre pour voter sur les langues»

Questions à

Les citoyens de Nidwald décideront le 8 mars s’ils veulent supprimer l’enseignement du français au primaire pour ne conserver que l’anglais. Le Conseil d’Etat s’est prononcé en faveur de l’initiative de l’UDC pour «l’enseignement d’une seule langue étrangère». Le parlement, en revanche, l’a rejetée mercredi, par 37 voix contre 17. La réaction de l’UDC Res Schmid, président du Conseil d’Etat et chef de l’Instruction publique, qui s’exprime d’ailleurs dans un très bon français.

Le Temps: Tous les députés, excepté les élus UDC, ont désavoué votre initiative mercredi. Un camouflet?

Res Schmid: Nous nous attendions à ce résultat. Leur décision était politique et ne reposait pas sur des considérations pédagogiques. La plupart des députés sont d’accord pour dire que le programme est surchargé avec deux langues en primaire. Mais ils ont estimé que ce n’était pas le bon moment, que Nidwald risquait d’être isolé, ou que le choix de la langue – l’anglais plutôt que le français – n’était pas judicieux.

– L’UDC veut donner la priorité à l’anglais et reléguer les langues nationales au secondaire. N’est-ce pas paradoxal pour un parti nationaliste?

– Je comprends votre étonnement. Mais dans toute la Suisse centrale, l’anglais est enseigné depuis la 3e et le français depuis la 5e. Nous ne cherchons pas à renverser cet ordre; Nidwald se retrouverait isolé. Nous voulons juste redonner de la place à l’allemand et aux maths, en repoussant la deuxième langue étrangère. Mais celle-ci ne sera pas affaiblie. Nous augmenterons l’enseignement du français dès la 7e. Ceux qui disent, comme Alain Berset, que la cohésion nationale est en danger se trompent totalement.

– Pourquoi n’attendez-vous pas les résultats de l’évaluation sur l’enseignement des langues de la CDIP en 2015 avant de vouloir changer le système scolaire?

– L’initiative populaire a été déposée au printemps dernier et la loi nous impose d’organiser la votation dans l’année. Nous ne pouvons pas attendre. Mais nous avons une bonne expérience en la matière. Contrairement à d’autres cantons, comme Argovie, qui n’a pas encore introduit les deux langues étrangères, nous enseignons le français et l’anglais à l’école primaire depuis neuf ans.

– Vous dites que vous allez augmenter en contrepartie les cours de français au secondaire. Mais la grille horaire est déjà chargée…

– Elle n’est pas surchargée. Nous pouvons tout à fait supprimer les cours de français en primaire, et les ajouter en 7, 8 et 9e, pour conserver exactement le même nombre d’heures. Au final, le niveau des élèves, à la fin de la scolarité obligatoire, sera meilleur que maintenant!

– Vous voulez renforcer aussi les échanges linguistiques. Ces derniers sont compliqués à organiser. Que proposez-vous concrètement?

– Nous en organisons déjà depuis des années avec le canton de Genève, pour les classes et les instituteurs. Nous avons commencé aussi des échanges individuels, sur une base volontaire, avec des élèves valaisans. Le Jura est aussi intéressé à participer. Nous voulons que tous les élèves de 8e et 9e fassent 2 à 4 semaines d’échange. Ils sont moins de 400, donc assez faciles à placer.